Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
14 juin 2006

On le savait : Monsieur Nicolas Sarkozy n’a pas son pareil pour les effets de manche. Arc-bouté à son ambition de devenir Président de la République l’année prochaine, il multiplie les engagements.
Le dernier en date : pas plus tard que la semaine dernière, devant un large parterre d’inconditionnels, il a lancé tout en précisant que "si nous sommes l’an prochain choisis pour diriger les affaires de La France", ce sera alors "un homme, un mandat"...
"Un homme, un mandat" ! La formule fait bien, et même très bien. Sauf que le problème n’est pas là, loin s’en faut.
Un maire peut-il être aussi conseiller général ? Ceux qui ont deux mandats électifs sont-ils à la hauteur de la responsabilité qu’ils ont choisie d’exercer, avec la bénédiction des électeurs ?
À ce type de question, on le sait, l’opposition affirme que la réponse est "non". Et en attendant demain d’occuper à son tour les postes incriminés, elle enfonce le clou : en plus d’être maires et de siéger au Conseil général, à la Région ou au Parlement, ces mêmes élus président souvent des Sociétés d’Economie Mixte (SEM) ou des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI). C’est trop !
Or, que fait M. Sarkozy lui-même ? On le connaît pour être le Ministre de l’Intérieur, avec un complément d’appellation ("Ministre d’État") qui, mine de rien, n’est pas gratuit. Mais le monsieur a exigé et obtenu à l’époque que ses compétences ministérielles couvrent un champ qui, en d’autres temps, aurait été pleinement occupé par plusieurs ministères. M. Sarkozy est en charge donc de tout ce qui a trait à l’ordre et à la police sur le territoire de la République, mais aussi de la poursuite de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire. À quelques pas de son bureau, il a placé deux de ses très fidèles, MM. Estori et Hortefeux respectivement à la mise en valeur des leviers de la création d’emplois tant en zones urbaines que rurales et aux relations avec les collectivités locales. Nul n’en doute plus : M. Sarkozy a de l’estomac. D’autant qu’il préside également l’UMP et, dit-on, le Conseil général des Hauts-de-Seine où un certain Jean-Paul Dova, Vice président, est "chargé de l’exécutif par intérim".
Comme cumulard, qui dit mieux ?
En fait, M. Sarkozy fait là la démonstration que la présence à la tête des collectivités, des SEM et des EPCI, de solides équipes de fonctionnaires ou d’agents hautement compétents limite, si on peut dire, le rôle de l’élu à celui d’un “manager politique”.
Un manager politique reste un homme qui ne saurait tout faire et qui a besoin de réfléchir pour pouvoir orienter la politique dont il a reçu la charge.
M. Sarkozy eut été mieux inspiré en promettant que les élus exerçant des charges électives à plein temps seraient correctement payés mais ne pourraient pas cumuler, comme c’est le cas aujourd’hui, des indemnités (qui sont de vrais salaires) sans qu’il y ait réellement en face du travail à faire.
M. Sarkozy aurait eu plus de crédit en reconnaissant que le régime indemnitaire de notre République est fait de honteuses dérives qui, tôt au tard, amèneront les citoyens engagés dans notre vie associative à se révolter contre le pied-de-nez que subit la démocratie participative.
L’honneur de la politique, c’est de voir des hommes et des femmes se mettre au service des autres. Pas de les payer pour assurer de ridicules ou factices quorums.
C’est élémentaire. Arc-bouté à son ambition, M. Sarkozy enfile les engagements qui n’engagent que ceux qui les entendent. Ou qui veulent bien les entendre...
Raymond Lauret
Le monde a changé
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