Mais je m’égare

7 mai 2005

(page 2)

"Aujourd’hui le soleil ne brille pas moins qu’hier, et des pigeons, des merles, des tourterelles, des moineaux sont perchés sur les fils électriques : qu’attendent-ils ? Ma respiration est de plus en plus difficile, je commence à comprendre ce qui se passe en moi. Les oiseaux n’attendent rien ; moi, j’attends qu’ils chantent comme ma grand-mère chantait autrefois pour endormir mes peurs... Redevient-on enfant au fil de l’âge ou ne sort-on jamais de l’enfance ?"
Ainsi va Jean François Samlong, notre compatriote qui, avec “L’Empreinte française”, vient de signer, chez Le Serpent à Plumes, son dixième roman.
L’homme nous avait habitué à un style léger et riche, profond comme le sont les sentiments qui frémissent au fond de notre peuple métis, couvés sous la cendre de cette humilité qui finit parfois par exploser comme pour mieux explorer les diversités qui vivent en chacun de nous.
On est une fois de plus conquis par la simplicité de l’affection qu’ici-bas, chez nous, l’on nourrit à l’égard de ses vieux. On se confond dans l’auteur quand il nous présente sa grand-mère qui, dit-il, "me disait que si la corde du seau est trop courte pour puiser l’eau, seul un fou se jette dans le puits."
En cette période de réflexion référendaire où on se voit invité à répondre seulement par “oui” ou par “non” à un projet qui n’est ni tout à fait blanc ni tout à fait noir, serais-je ce fou prêt à me jeter dans le puits ? À moins que je ne considère que, me souffle Samlong, "je n’avais pas non plus à accepter qu’on réponde à mon appel à l’aide par la dérision".
Sans hésiter, j’ai pensé à ceux-là qui me disent que voter “oui”, c’est voter pour ma “marmite manzé”, apportant ainsi à mon questionnement sur l’avenir réponse par la dérision.
Mais je m’égare...
Samlong n’a pas écrit ici un argumentaire pour un “oui mais” ou un “non” de citoyens inquiets ou insatisfaits. Il a ouvert le livre de son imagination dans lequel et dans laquelle il nous invite à plonger. A nous y réfugier aussi, au cas où notre Histoire que personne ne nous a racontée pourrait bien nous attendrir et nous revigorer.

R. Lauret


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus