Rentrée à l’Université : à La Réunion, la précarité étudiante atteint un point de rupture
26 août, parConséquence du système néocolonial
10 mai 2005

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J’ai renoué ce dimanche 8 mai avec une passion de mes plus jeunes années : le match de foot. Je n’avais que la rivière des Galets a enjamber pour me retrouver à “Julius Bénard”, autrement dit le Stade Olympique de Saint-Paul, œuvre de l’architecte dionysien Christian Tolède à qui à l’époque s’était attaché le savoir-faire du parisien René Darger dont la remarquable toiture du stade olympique de Munich porte la griffe.
L’affiche “Saint-Pauloise - Jeanne d’Arc” me semblait intéressante. Et puis, à Saint-Paul, l’élu portois que je suis pourrait, c’est ce que je m’étais mis en tête, rencontrer un collègue saint-paulois et là, vous le savez, à nous le monde que l’on refait en quatre-vingt dix minutes à regarder vingt-deux bons hommes courir derrière un ballon !
Un rapide coup de fil à mon pote René-Claude Law-Man-Too, directeur en semaine de la SEMTO et transformé le week-end en président du club phare de Saint-Paul, histoire qu’il prévienne Alain, Gilbert ou un autre de là-bas qu’il importe de ne pas me laisser le champ libre. Vous le savez bien, depuis les tribunes du stade Paul Julius Bénard, le coup d’œil est royal sur la ligne de crête où s’étendent, de La Plaine Bois de Nèfles à Plateau Caillou, deux cantons sur les cinq que compte la commune. Ça peut donner des envies !
René-Claude a bien fait les choses. Une invitation m’attend au guichet. Georges Gence, un ancien de Bosviel dans l’équipe à Sini, est là. Et puis d’autres vieux copains, dont celui-ci qui me souffle : "pou la politique nous lé pareils, mais pou foutbale nou lé pas ensemble !" J’ai compris, j’ai compris, camarade !
Dans la tribune d’honneur, on est plutôt bien. J’offre à qui le veut mon cornet de pistaches, je descends les marches pour saluer et remercier René-Claude, j’échange avec Sergio Érapa, le jeune président de la Jeanne, et accepte que Christian Anicet me cause de la cabine de presse qu’il est urgent de mettre aux normes de la profession, là-bas, à Lambrakis ! Et on attend, et on cause...
16 heures 30. Arbitres et joueurs montent sur le terrain. Le match va commencer, le calvaire de mes tympans itou.
Dans mon oreille droite, c’est la batterie du kop saint-paulois. Dans celle de gauche, l’orchestre des supporters portois.
Ça y va... ça-te-vous-donne des décibels à en sucrer une overdose ! On s’dirait à Bagdad le soir où les G.I.’s ont largué leurs bombes par premières rasades de dizaines de milliers !
Côté saint-paulois, le tintamarre est assez peu élaboré. On tape sur une grosse-caisse. Ça fait de gros “boum-boum”. On tape aussi sur deux tambours tendance alto. On doit crier aussi. C’est un respectable boucan.
Côté portois, c’est beaucoup plus léché. Tonino est un pro de l’animation des troupes de choc appelées “treizième homme”. Ils ont accroché au grillage d’isolement un haut-parleur qui, curieusement, est orienté pour exalter les supporteurs dont je me dis que voilà des clients pour les oto-rhinos du secteur.
Côté saint-paulois, je note que le “rouleur” est aussi un remarquable danseur vu qu’il tape en sautillant alors que, de l’autre côté, son homologue est un sacré athlète qui s’offre finalement deux heures de bonne musculation. Et cela a l’air de lui réussir, vu les épaules qu’il se trimbale, le gaillard !
Côté chanson chez les Saint-Paulois, on est un peu sec. Il est vrai que, à leur décharge, ils n’ont pas la chance d’avoir dans leur rang un Théo Hilarion qui, lorsqu’il prend le micro pour pousser son cri à “la gloire de la Jeanne”, révèle, pour peu qu’on l’écoute, une voix qui chante juste avec un rien de sensualité qui booste manifestement les supporteurs. Et dire que l’adjudant Michelot aurait pu nous le tuer !
Je peste d’avoir oublié mes boules kyès. C’est dans de tels moments que l’on mesure l’importance des petites inventions !
Sur le terrain, nous avons droit à un spectacle de très, très bon niveau. Ça joue bien. C’est véloce, généreux, intelligent ; une scène, qui se répétera à deux ou trois reprises, me fait chaud au cœur : deux joueurs penchés vers un de leurs adversaires qui est au sol, victime involontaire d’une “montée en charge”, c’est le cas de le dire, de la partie d’en face. Une autre scène : un joueur saint-paulois se désaltère à la bouteille que lui a tendue Thierry Zitte, l’un des coaches portois ! C’est pas beau ça !
Mon bonheur fut complet quand, les Mauves menés 2 à 1, le kop portois, Tonino et Théo redoubleront de la voix et du tambour, insufflant à leurs gaillards “en mauve et blanc” le souffle et la force pour forcer le barrage saint-paulois et souffler à Christian Daffreville une victoire qu’il était bon qu’il partage finalement avec ceux qui ont permis à ses joueurs, selon sa propre déclaration, "d’avoir fourni un très bon match". Chouette Christian, va !
C’eût été dommage qu’il y eût ce dimanche un vainqueur et un vaincu. Il ne me restait plus, après le coup de sifflet final, qu’à regagner ma voiture. Ultime bonheur, les flots de spectateurs qui descendent les escaliers et se dirigent vers la sortie, le visage rayonnant ! Essayez, mêlez-vous y, vous verrez : ça vous réconcilie avec le foot, tellement, c’est visible, le bonheur des autres, ça fait plaisir à voir.
R. Lauret
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