Libres propos

Pas le plus petit macabit !!!

Témoignages.re / 12 janvier 2008

Mardi, j’occupais les quelques jours de vacances que j’ai pris en “montant” au Tampon écouter Médéric Bernardino, un diacre dont la notoriété déborde bien au delà de sa Polynésie natale. Ce fut pour moi l’occasion, les larmes aux yeux, de revoir le Père Rochefeuille qui fut aumônier au Lycée Leconte de Lisle à une époque où, en même temps que certains de mes camarades de classes terminales proposaient que l’on parle de « la Vierge Marie et des péchés des hommes », j’osais (déjà) demander que l’on discute de « Dieu, du Communisme et des Communistes ». À l’époque, on disait de Michel Rochefeuille qu’il était “intégriste” c’est-à-dire inflexible. Je n’en accordais pas grande importance, le voyant surtout homme de Foi et tribun exemplaire. Invité à “plancher” sur le thème que j’avais suggéré devant des lycéens et des lycéennes évidemment curieux de voir comment je m’en “sortirais”, je pus compter, une fois sa surprise maîtrisée, sur l’intelligence de l’aumônier et son sens que l’histoire sera toujours en mouvement. Et quand, quelque temps plus tard, vint pour moi le moment de prendre épouse, c’est bien entendu le Père Rochefeuille qui officia... C’était il y a plus de 40 ans.
Mardi donc, j’écoutais Médéric Bernardino parler, à partir d’une histoire qui a pu être vraie, d’une chose ma foi fort banale : la relation père-fils.
C’est Fiston, six ans, qui demande à son père qu’ils partent tous les deux ce dimanche là à la pêche, au bout de la jetée. « Je l’ai vu à la télé, insiste Fiston. Un petit garçon, il en a beaucoup pêché. Six poissons gros comme ça, je te dis... ».
Bien contre son gré, le papa finit par céder, malgré dira-t-il à son épouse qu’« il y a le gazon à tondre, la cour à nettoyer et son bureau à dégager... »
Trois heures durant tout au long desquelles Fiston ne fait pas mystère du plaisir qu’il prend à espérer qu’un « gros poisson comme ça » va sûrement mordre, Papa subit tout ce temps perdu à regarder une ligne au bout de laquelle rien ne se passe. Tant et si bien qu’après plus de cinq heures sans la moindre petite prise, il finit par convaincre Fiston que « maman va sûrement s’inquiéter si on ne rentre pas maintenant... »
Le soir, au coucher, il confiera à son épouse qu’il fut bien navré de n’avoir pu l’aider dans les tâches de la maison. Et elle : « Tout le temps que je l’ai douché, notre fils n’a cessé de me dire qu’il a passé une super journée... ». Et l’homme de s’étonner : « Mais on s’est emmerdé à ne prendre aucun poisson ! Pas le plus petit macabit !!! ».
Et la mère de dire à son mari : « Tu sais, notre fils m’a dit qu’il a passé toute une journée avec son papa, à faire ce qu’a fait son papa et que cela ne lui était jamais arrivé... ».
J’avoue avoir, l’après-midi sur le chemin du retour, intensément pensé avec mon épouse à nos trois enfants déjà grands et à nos quatre petits encore enfants. Histoire de nous dire que notre rôle de parents n’est peut-être jamais terminé...

R. Lauret