Libres propos

Putain de temps, va !

Témoignages.re / 22 mars 2008

Je vous écoutais dimanche soir quand, sur les antennes d’une radio d’ici, depuis votre domicile personnel, vous vous adressiez à la population de Saint-André et à celle de La Réunion. Vous avez réussi à être bien pathétique et croyez-le, M. Virapoullé, j’ai alors sincèrement pensé que votre émotion du moment n’était nullement fabriquée. C’est que je conçois parfaitement qu’après près de 40 ans passés à la tête d’une commune, vous puissiez user de gravité pour dire votre tristesse d’avoir été très largement et très sévèrement battu par un tout jeune. Je conçois tout autant que vous aviez besoin de rappeler votre bilan, quitte à l’enjoliver en omettant de relever vos insuffisances. C’est normal, c’est humain, et vous êtes homme. Il n’y a donc rien à redire.
J’ai également noté et apprécié qu’après avoir lancé (sur le ton du dépit !) que vous siègerez tout de même dans les rangs de l’opposition (puisque, précisez-vous, vous êtes « très inquiet de l’avenir proche »... et que vous êtes « persuadé que Saint-André va entrer dans une période d’instabilité), vous ayez « souhaité bonne chance à Eric Fruteau qui, avez-vous alors souligné, a été élu et bien élu !! ». J’ai noté et apprécié que vous lui avez « souhaité bonne chance et bon courage car il va se rendre compte que - et là, que vous avez raison ! - en passant de l’autre côté de la barrière, il en faut du courage... »
Cependant, sans doute parce que vous n’oubliez pas que vous êtes Monsieur Jean-Paul Virapoullé, vous n’avez pas su ni pu éviter de vous et de nous souffler à l’oreille que, tout au long de vos mandatures, vous avez eu du talent . Vous avez donc regretté que « le temps ait effacé (votre) talent »...
Vous m’avez dans le passé souvent surpris par votre capacité à l’autosatisfaction autoproclamée. Mais là, j’avoue que vous m’avez tout simplement interloqué : c’est que vous ne laissez à personne d’autre le soin de proclamer cette chose évidente à vos yeux : vous avez eu du talent !
Putain de temps, va, qui se permet de gommer “cette qualité première” de la mémoire des gens ! C’est pas juste, dirait avec nous notre ami Caliméro...
Il vous reste encore et désormais le bonheur d’être grand-père. C’est une belle chose. J’avais eu, c’était il y a quelque huit ou dix années de cela, l’occasion de le vérifier personnellement. C’était un mercredi, dès huit heures du matin. J’avais été convoqué à la Brigade Financière du Commissariat de la Rue Malartic à Saint-Denis. Sur papier à en-tête de l’Assemblée Nationale, un député réunionnais avait demandé au Procureur de La République qu’il soit enquêté sur mon compte. C’est pourquoi j’étais là. J’ai refusé de répondre aux questions du policier, les considérant comme outrancières et portant atteinte à ma dignité. Me comprenant parfaitement, le fonctionnaire de police accepta de me montrer qui était l’auteur de ces écrits qui me visaient. Je me rappelle, sitôt que je constatais qu’il s’agissait de votre personne, avoir fait une déclaration dans laquelle je n’ai pas ménagé votre petitesse et votre penchant à penser des autres qu’ils sont comme vous aimeriez qu’ils soient. En sortant (libre, bien évidemment) du commissariat une demi-heure plus tard, je me précipitais chez mes petits-enfants qui se sont sans doute demandé pourquoi leur papi les serrait si fort contre lui.
Croyez, M. Virapoulé, en ma sincérité quand je vous dis vous souhaiter de trouver dans l’innocence des yeux et des bras de vos petits la quiétude que vous méritez vous aussi... Et sachez le : rien n’effacera ce bonheur-là, ni les peuples ingrats qui effacent votre talent, ni un jeune adversaire à l’insolence audacieuse et dévastatrice.

Raymond Lauret