Libres propos

Quand Monsieur Sarkozy aura découvert ça...

Témoignages.re / 2 novembre 2007

J’aurais été Président de la République, j’aurais été gêné d’augmenter mon salaire. J’aurais davantage considéré ma fonction comme un sacerdoce et non pas comme un job qui mérite sa juste rétribution. Et puis, je n’aurais sûrement pas dit qu’au nom de la « transparence » - elle a parfois bon dos, celle-la - je ne cache pas que je me colle une majo à 140%, histoire que je n’ai pas le plus petit salaire de mon gouvernement. Jamais je me serai laissé à donner à penser que mon engagement se mesure à la hauteur de ce que je touche. Sans compter le budget de l’Elysée que j’ai tout seulement doublé !
Mais voilà, je ne suis pas Président de la République et - est-ce nécessaire de le préciser ? - je ne le serai jamais. Donc je ne risque pas de me retrouver, excusez du peu, dans la situation de Nicolas Sarkozy. Dois-je pour autant ne pas avoir une opinion sur les décisions prises par ce haut responsable de l’Etat pour lequel certains de mes amis me trouvent ce qu’ils appellent « beaucoup de patience » ?
Ma nature me pousse à respecter les choix de la population. 53% des Français ont opté pour Nicolas Sarkozy. Peu importe et peu m’importe que ce qui s’appelle « la gauche » ait largement facilité cette option. Sarkozy ayant été élu, qu’on le laisse travailler... Voilà ma position.
Ceci dit, je trouve indécent qu’il se “serve” comme il vient de le faire, inclinant le peuple à se demander effectivement si (le mot est de Yves Mont-Rouge du “JIR”) « la politique, comme le loto, peut rapporter gros... », et si la politique pouvant être « une machine à sous..., certains élus y ont (d’ailleurs) pris goût, au point d’abandonner leur activité première... ».
Nicolas Sarkozy, dans son désir proclamé de ruptures dans une France encore trop souvent marquée par l’archaïsme, pourra-t-il désormais s’attaquer à certaines petites, mais vraies “féodalités” que couvrent les lois de la République ?
Quand il aura “découvert” que notre loi permet le cumul des mandats électifs auxquels s’ajoutent des présidences de SEM ou d’EPCI sans qu’il y ait, pour le cumulard, la moindre obligation et de résultat et de travail (voire de présence !), quand il aura découvert que la loi demande que soient (grassement) rémunérées ces fonctions “virtuelles”, quand il aura découvert que d’éminents responsables d’exécutifs - parce qu’ils ne sont soudain pas d’accord avec leurs amis d’hier - peuvent toujours toucher “collatéralement” des payes qui feraient bien envie à nos smicards au boulot, eux, 35 heures bien réelles par semaine... oui, quand il aura découvert ces verrues qui enlaidissent notre République, pourra-t-il, en regardant droit dans les yeux son public et les journalistes, le doigt accusant les dérives du passé, oui, pourra-t-il toujours nous assurer encore que cela doit cesser, et que, foi de lui, cela va cesser ?

Raymond Lauret