Libres propos

Sarko, as-tu du cœur ?

Témoignages.re / 13 juillet 2007

« Sarko, as-tu du cœur ? ». Je ne doute pas, Monsieur le Président, que cette interrogation à laquelle plus d’un citoyen s’essayent, vous aussi vous l’entendez qui monte jusqu’à vous.
En décidant que c’en est désormais fini des traditionnelles grâces collectives pour le 14 juillet et en justifiant votre décision par le fait que vous vous refusez à régler de cette façon le trop plein dans les prisons françaises, vous faites preuve d’honnêteté intellectuelle.
Comme à votre habitude, vous êtes direct dans la voix et dans le regard et vous ne prêtez nulle attention à ce que pourraient bien en penser les autres.
Ce qui ne veut pas dire, loin s’en faut, que tout le monde vous désapprouve. Ainsi, l’Association nationale des Juges d’Application des Peines (JAP) n’hésite pas à dénoncer cette « mesure de grâce (qui, dit-elle) ne répond qu’à un impératif de gestion hôtelière ». Si on excepte la malencontreuse comparaison des prisons à des hôtels, le propos est juste : la grâce présidentielle, cette tradition héritée de la monarchie, sonne quelque peu faux dans un système qui a fait de l’indépendance de la Justice un point fort du principe républicain en France. Elle casse, sous couvert d’humanisme, la responsabilité et le travail (délicat et difficile) des juges.
Bien sûr, les quelque 3.500 prisonniers qui ont bénéficié en 2006 de sorties anticipées ont sans doute aucun, apprécié la mesure décidée alors par Jacques Chirac. Bien sûr, leurs familles respectives en ont été assurément heureuses. Mais, trêve d’hypocrisie, derrière le geste humaniste, il y avait aussi - et sans doute avant tout - « les quelques gouttes d’oxygène » données alors à nos établissements pénitentiaires que nous savons tous en surcharge permanente. Et dans ce chapitre, il n’y a pas que les prisons de notre île.
Dans toute la France, on dénombre 12.000 détenus de plus que de places disponibles. Certaines prisons connaissent des niveaux d’occupation qui s’apparente à de l’encombrement ou de l’entassement. A la Roche-sur-Yon, “ils” sont 94 pour 40 places, à Béthune 409 pour 180, à Lyon-Perrache 894 pour 350. Dans ces conditions, le propos que me tenait il y a quelque temps, un ami “garde-chiourme” (nom plus conforme à la réalité d’une profession que le classique “surveillant de prison”) prend toute sa mesure : « un prisonnier, me disait-il, quand il sort de prison, est une bombe dégoupillée pour la société ».
« Sarko, as-tu du cœur ? ». Vous l’entendez, Monsieur le Président. Vous l’entendez ce cri, cette supplique, qui monte de la société. D’une société qui se dit, tout en comprenant votre souci de ne pas être l’homme de certaines prérogatives héritées d’une époque dépassée, qu’il est désormais impératif que les détenus soient tous considérés comme des êtres humains à qui nous devons donner des chances de se réinsérer.
La tâche n’est pas simple. Mais elle commence, en premier lieu, par des centres pénitentiaires, non pas confortables - n’exagérons tout de même pas - mais simplement propices à un travail d’éducation que davantage d’agents, en second lieu, pourraient alors entreprendre.
Voilà, Monsieur Le Président, j’en ai terminé en cette veille de votre premier 14 Juillet. Je ne doute pas que vous y pensez fortement et, qu’à ceux qui vous demandent dans le silence de leurs réflexions si vous avez du cœur, vous préparez la meilleure des réponses : l’action...

Raymond Lauret