Un peu de tenue, M. Lazarus...

29 novembre 2004

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Il n’est pas dans ma nature de me réjouir des malheurs des autres. Ceux que connaît actuellement Monsieur Lazarus provoquent des ondes de chocs qui ne sont pas agréables pour les 1.200 à 1.500 personnes aujourd’hui bloquées à La Réunion ou à Paris et qui devront débourser 300 euros de plus pour voyager dans quelques jours, ni pour ceux qui ont tout perdu, ni encore pour les employés qui savent qu’il leur sera difficile de retrouver tous le même emploi. Ce n’est pas agréable non plus pour des actionnaires qui se mordent les doigts pour n’avoir pas su, ni pu anticiper sur une issue que certains indices rendaient inéluctable.
Mais il ne m’est pas possible de ne pas réagir après les propos totalement irresponsables et empreints de lâcheté que M. Lazarus a tenus vendredi dernier à la télévision.

Car enfin :
1°) Oui ou non, Air Bourbon est-il le fruit d’une initiative privée, riche des capitaux de personnes privées qui ont un jour décidé de créer une société privée dans le but tout à fait normal d’ailleurs de faire des affaires, c’est-à-dire gagner de l’argent ?
2°) Oui ou non, M. Lazarus a-t-il admis ces derniers jours que sa société était dès le départ sous-capitalisée ? Oui ou non, a-t-il sollicité, au moins à une reprise, ses actionnaires pour une augmentation du capital, ce qui signifie qu’il leur a assuré que cette contribution supplémentaire était de nature à rendre la société enfin performante ?
3°) Oui ou non, l’analyse réalisée par le réseau financier qui accompagnait Air Bourbon concluait-elle à de très fortes réserves ?
4°) Oui ou non, M. Lazarus a-t-il été alerté par de nombreux prestataires de services qui sonnaient un tocsin que, lui, n’entendait pas ?
5°) Oui ou non, de nombreux actionnaires ont-ils alors tiré la sonnette d’alarme et se sont entendu dire que tout allait très bien, qu’il ne fallait surtout pas qu’ils se laissent impressionner ni par ceux qui se plaisent à "enterrer les vivants", ni par les écrits "d’une certaine presse" ?

À ces questions - et à quelques autres encore - la réponse est oui. M. Lazarus n’en a nullement tenu compte. Mieux, en début de semaine dernière, alors que M. Jacques Thibier évoquait un besoin de trésorerie de 3 millions d’euros, M. Lazarus balayait cette appréciation d’un revers de la main, parlait de 1 million seulement avant de descendre à 390.000 euros, tout en annonçant que 50 millions de dollars étaient possibles dans les caisses de la société dès ce mercredi. Il est vrai que, pour la première fois dans son discours grand public, il utilisait alors l’adverbe “peut-être”...
Le frère d’un des gros actionnaires d’Air Bourbon me confiait vendredi dernier au rassemblement du M.E.D.E.F. qu’il avait suggéré à son cadet de vendre ses actions le plus vite possible. C’est dire ! C’est dire si, là dedans, “ils” y croyaient !

Alors, entendre M. Lazarus rejeter sur le Conseil général et le Conseil régional la responsabilité de sa gestion calamiteuse, cela est inacceptable.
Non seulement ces deux assemblées n’ont pas vocation à prêter et même cautionner des prêts de tiers privés (cautionner, c’est payer si l’emprunteur n’est plus en mesure de rembourser), mais en plus elles ont été saisies sur la base de documents pas du tout cohérents dans leurs conclusions.
L’entreprise privée est heureuse de faire des bénéfices et de distribuer des dividendes à ses actionnaires. Elle peut aussi ne pas en faire, voire faire faillite.
Ses dirigeants doivent alors savoir assumer. Et se féliciter que les collectivités, les concurrents qu’ils ont souvent salis et l’État se penchent sur les solutions à trouver pour régler les conséquences de leur défaillance.
C’est ce qui s’est fait.
Alors, M. Lazarus, un peu de tenue...

Raymond Lauret


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