Libres propos

Un soir de “casse-carême”...

Témoignages.re / 25 septembre 2007

Dimanche soir, sur les hauteurs de Saint-Denis, en cette période de Ramadan. J’avais été convié ainsi que mon épouse à la table d’un couple d’amis musulmans pour “casse-carême”. Également invitées, d’autres personnes que le jeu de nos responsabilités réciproques nous amènent les uns et les autres, sans que nous nous connaissions vraiment, à parfois nous rencontrer. Ce fut, vous vous en doutez, un moment de réelle cordialité où l’on a pu évidemment et surtout parler du sens que nos compatriotes de confession musulmane donnent à ce temps de partage. La maîtresse de maison - sans nul doute épaulée avec efficacité par son époux - avait bien fait les choses. Disons, pour faire court, que les compliments unanimes adressés à leurs hôtes par les dix invités de ce soir valaient autant pour le grand raffinement des plats que pour l’attention apportée par ceux qui recevaient à animer une conversation qui permit à plus d’un, et plus particulièrement à votre serviteur, d’en savoir davantage sur “l’intérieur” de certains rites d’une religion qui entend s’ouvrir au monde.

On parla forcément de notre île et je fus bien heureux que, tout en veillant à ce que chacun d’entre nous fut à son aise, le maître des lieux évoqua Gilbert Aubry comme l’une des principales forces morales de notre pays.

Je n’ai jamais fait mystère que c’est aussi mon opinion. Mais qu’un musulman le souligne, voilà qui donne à l’appréciation une portée qui va bien au-delà d’un seul jugement de valeur sur un homme. C’est toute l’image de notre Réunion, terre de fraternité sans tabou, de tolérance active, société exemplaire et qui trace pour les autres, par son dialogue inter religieux, les contours d’un monde demain moderne, c’est notre Réunion qui sort confortée dans cet idéal qu’elle peut symboliser et qui sera toujours à atteindre pour être dépassé.

Et ce n’est pas sans satisfaction que je pensais alors au petit présent que, sans arrière pensée et sans même y penser, j’avais amené à mon ami, grand amateur de football : un petit ouvrage de Jean Lacouture... sur le rugby, ce « sport de voyou pratiqué par des gentlemen », et aussi à la série de petits verres que j’avais offert à son épouse. Dans ces petits verres sortis des mains d’une artiste de chez nous, elle pourra déguster également le merveilleux thé à la menthe qu’elle nous servit ce soir-là et que l’on ne boit pas qu’entre musulmans.

Raymond Lauret