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2 mai, par

Le 1er mai n’est pas, à La Réunion, une simple parenthèse bucolique dans le calendrier des jours chômés. C’est le rappel brûlant que chaque droit, chaque souffle de dignité conquis par le monde du travail, a été arraché de haute lutte à un système qui, par nature, préfère l’accumulation du profit à l’épanouissement humain.
Il faut se souvenir. Se souvenir que cette date est née dans le sang des ouvriers de Chicago en 1886, tombés pour la journée de huit heures. Mais il faut surtout se souvenir qu’à La Réunion, le 1er mai porte une charge particulière. Longtemps interdite par le pouvoir colonial, cette célébration a été le fer de lance de la décolonisation sociale.
C’est ici, sur notre terre, que des pionniers comme le Dr Raymond Vergès ou les syndicalistes de la CGTR ont transformé cette journée internationale en un levier pour l’égalité. De la fin du statut colonial en 1946 aux grandes grèves sucrières, le 1er mai réunionnais a toujours été le thermomètre de la résistance populaire face à l’arbitraire.
Aujourd’hui, le constat est amer. Alors que nous célébrons les conquêtes de nos aînés, le contraste avec la réalité actuelle est cinglant. Nous sommes dans une économie de “profiteurs” où le travailleur est devenu la variable d’ajustement d’une finance hors-sol.
Comment parler de « fête du Travail » quand le salaire ne permet plus de boucler la quinzaine ? À La Réunion, l’injustice est décuplée par les monopoles et une vie chère qui dévore chaque gain obtenu par la lutte. Le 1er mai doit dénoncer cette logique : on ne peut construire une société stable sur le sacrifice permanent de ceux qui produisent la richesse mais n’en récoltent que les miettes.
La solution ne viendra pas de mesures cosmétiques décidées dans les dorures ministérielles à 10 000 kilomètres d’ici. La célébration de cette année doit marquer une volonté de rupture. Il est temps de bâtir un modèle où la production locale et la souveraineté alimentaire priment sur les dividendes des importateurs, et où le revenu est indexé sur la réalité de notre territoire.
Le 1er mai n’est pas un regard vers le passé, c’est une boussole pour l’avenir. Car si l’histoire nous a appris une chose, c’est que rien n’est jamais définitivement acquis.
« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. » — Bertolt Brecht
Nou artrouv’
David Gauvin
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