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La décision est tombée. 4 000 contrats aidés prévus pour 2026, contre près de 10 000 l’année précédente. Une baisse brutale, qui intervient alors même que ces dispositifs structurent une part essentielle du fonctionnement quotidien des communes.
La réaction des élus a été immédiate. Colère, inquiétude, alerte sur les conséquences concrètes : encadrement périscolaire, restauration scolaire, entretien des espaces publics.
Mais le débat se trompe d’objet.
Car la question n’est pas de savoir combien de contrats seront attribués. Elle est de comprendre pourquoi un territoire en a besoin pour fonctionner.
Il faut se souvenir.
À La Réunion, la précarité n’est pas une dérive récente. Elle s’inscrit dans une continuité. Des quinzaine municipales aux contrats aidés d’aujourd’hui, c’est une même logique qui s’est installée : faire fonctionner le territoire sur le provisoire, organiser le travail sur l’instable, gérer le social sans transformer l’économique.
Ce qui devait être exceptionnel est devenu structurel.
Aujourd’hui, les contrats aidés ne sont plus un outil d’insertion parmi d’autres. Ils sont devenus une condition de fonctionnement.
Dans les écoles, les cantines, les services de proximité, ils assurent des missions permanentes. Non pas en complément, mais en substitution.
Dans certaines communes, ils représentent plusieurs centaines de postes. À l’échelle du territoire, ce sont plusieurs milliers de personnes qui occupent des fonctions essentielles sans accès à la stabilité.
Ce glissement est décisif.
Car il dit autre chose qu’une difficulté conjoncturelle. Il dit un modèle.
Ce modèle repose sur un déséquilibre profond.
À La Réunion, le chômage reste structurellement élevé, autour de 18 à 20 %, et bien davantage pour les jeunes. Dans ce contexte, les contrats aidés ne sont pas un tremplin. Ils sont une réponse d’attente.
Une économie qui produit de l’activité sans produire d’emplois durables.
Un marché du travail saturé.
Une croissance qui ne se traduit pas en intégration.
Dans ces conditions, la précarité devient un outil d’ajustement.
Elle permet de contenir le chômage sans le résorber.
Elle permet de faire fonctionner les services sans les stabiliser.
Elle permet d’éviter de poser la question centrale : celle de la structure économique du territoire.
Le paradoxe est désormais installé.
On multiplie les dispositifs pour lutter contre le chômage tout en maintenant les conditions qui le produisent. On parle d’insertion, mais on organise la rotation. On parle d’accompagnement, mais on empêche la continuité.
Le système corrige en surface ce qu’il fabrique en profondeur.
Et tant que cet équilibre tient, il n’est pas remis en cause.
Il faut alors dire les choses clairement.
On ne construit pas une vie sur la précarité.
On ne fonde pas une société sur des contrats temporaires. On ne fait pas tenir des services publics sur l’incertitude. À un moment, la question n’est plus technique. Elle est politique.
La réduction des contrats aidés ne crée pas la crise. Elle la révèle. Elle met à nu un modèle qui ne tient qu’en maintenant une partie de la population dans l’instabilité.
La question n’est pas de défendre les contrats aidés.
La question est de savoir si l’on accepte encore un système qui empêche durablement de vivre.
« Le travail ne doit pas seulement permettre de vivre, mais de s’inscrire durablement dans le monde. » — Hannah Arendt
Nou artrouv’
David Gauvin
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Messages
7 mai, 13:53, par Kalouma
Tu as bien raison David (sauf que tu aurais pu éviter de citer une sioniste à la fin !)
Bien dit. Mais je n’entends rien en ce sens qui viennent de nos élus, tous "grangousiers" et maintiens du système en place. C’est le moment d’agir… et toujours pas de conférence territoriale en vue…