Planter des arbres avec la population pour construire une ville : une idée forte de Paul Vergès…
31 août, parPaul Vergès : 2016-2026
31 août, par

À chaque grand sommet international sur le climat ou la biodiversité, le même rituel d’autosatisfaction diplomatique se répète, masquant à peine l’impuissance structurelle d’un modèle en fin de course. La clôture de la COP17 contre la désertification à Oulan-Bator n’a pas dérogé à la règle : deux semaines d’âpres négociations pour aboutir à un constat de carence absolue. Aucun cadre contraignant sur la gestion de la sécheresse, aucun engagement ferme sur le financement, et un renvoi systématique des arbitrages vitaux à la prochaine session à Charm el-Cheikh. La diplomatie multilatérale s’enferme désormais dans une bureaucratie du statu quo où « sauver la COP » consiste simplement à ne pas fermer boutique, tout en maintenant in extremis un budget de fonctionnement dérisoire de 10 millions d’euros face au diktat américain.
Pendant que les assemblées globales multiplient les déclarations d’intention sans portée juridique, la réalité du terrain s’impose avec une violence aveugle. Les experts de la Convention évaluent à un milliard de dollars par jour les investissements nécessaires pour restaurer les terres dégradées à l’échelle de la planète d’ici 2030. Face à cette équation financière vitale, les quelques centaines de millions d’euros égrainées sous la forme d’annonces de financements mixtes relèvent du saupoudrage cosmétique. Ce blocage systématique — orchestré au premier chef par Washington, frappant au passage les avancées sur l’équité de genre, l’accès à l’eau ou la place de la société civile — traduit le mépris persistant des puissances hégémoniques envers le Sud global. La désertification n’est pas un accident climatique abstrait, mais la conséquence directe d’un modèle d’accumulation qui sacrifie les biens communs sur l’autel du rendement financier immédiat.
Ce renoncement international trouve son exact prolongement dans l’incapacité du pouvoir central à engager une véritable planification écologique. En France, la répétition des étés caniculaires et l’assèchement précoce des bassins versants mettent à nu les limites d’un modèle agricole et foncier à bout de souffle. Pourtant, au lieu d’impulser une transformation radicale de notre rapport au sol et d’inscrire la préservation des terres agraires au cœur des politiques publiques, l’État privilégie la gestion de crise au coup par coup. L’action publique s’épuise à réparer les dégâts et à verser des indemnisations conjoncturelles plutôt qu’à restructurer en profondeur l’appareil productif et préserver la ressource en eau.
Cette approche purement curative et centralisée de l’État fragilise la souveraineté alimentaire de l’ensemble du territoire. En refusant d’imposer des règles ambitieuses contre l’artificialisation des sols et pour la régénération des bassins hydrologiques, Paris transfère la charge de son incurie sur les collectivités territoriales et les territoires des anciennes colonies devenues départements français en 1946. Ces derniers se trouvent contraints de subir les secousses de la crise environnementale globale sans disposer des outils de régulation ni des marges de manœuvre budgétaires indispensables pour bâtir une véritable résilience locale.
Pour notre île, l’échec de ces grands sommets n’a rien d’une abstraction théorique : c’est un risque opérationnel et social imminent. Soumise à l’exacerbation du stress hydrique dans le Sud et l’Ouest, à l’érosion continue de nos sols insulaires et à la pression constante du bétonnage sur la frange agricole, La Réunion touche du doigt les limites d’un aménagement qui subit les contraintes extérieures sans pouvoir s’en protéger. Notre agriculture, nos hauts et nos filières locales de proximité constituent le socle de notre cohésion sociale et de notre autonomie. Céder du terrain sur notre patrimoine foncier ou renoncer à la maîtrise publique de l’eau, c’est condamner notre peuple à une dépendance accrue aux importations maritimes et aux spéculations des marchés mondiaux.
Face au vide laissé par les traités internationaux et à l’attentisme des politiques nationales, il appartient à La Réunion d’opposer l’ingénierie de son territoire et la mobilisation de son génie propre. La réponse à l’avancée de la sécheresse et à la dégradation de nos terres ne viendra ni d’Oulan-Bator ni des arbitrages parisiens. Elle exige une maîtrise publique rigoureuse du foncier, la requalification des espaces agricoles dégradés, la protection absolue de nos bassins versants et le soutien inconditionnel aux modèles coopératifs et familiaux de production. Une nation — et un territoire insulaire — ne se construit pas en comptant les renoncements du monde, mais en sachant préserver ses actifs vitaux et en affirmant la primauté de la terre nourricière sur la logique marchande.
« Le plus grand péril n’est pas que notre but soit trop haut et que nous le manquions, mais qu’il soit trop bas et que nous l’atteignions. »
— Michel-Ange
Dabid Gauvin
Paul Vergès : 2016-2026
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