L’agenda 2030 à La Réunion : le bilan interdit (5/5)

De l’assistanat à la responsabilité : Le temps du plan de développement et du sursaut réunionnais

31 juillet, par David Gauvin

Au terme de cette traversée sans concession de l’Agenda 2030 à La Réunion, le constat est sans appel : 80 ans après l’abolition du statut colonial, le modèle du transfert social compensateur et de la tutelle administrative est à bout de souffle. On ne répondra pas à l’urgence climatique et à la misère sociale par des catalogues de promesses creuses édictés depuis Paris. Pour réussir les Objectifs de Développement Durable (ODD 16 et 17), La Réunion doit enfin rompre avec la culture du guichet et faire le choix de la responsabilité.

« On ne développe pas un pays de l’extérieur par la seule vertu de la dépense publique : le développement est un acte d’auto-émancipation porté par la responsabilité locale. »
— Paul Vergès, Pionnier de l’autonomie énergétique et de la responsabilité
territoriale

Casser le mille-feuille pour bâtir le Plan de Développement : La rupture de l’ODD 16

L’ODD 16 exige des institutions fortes, efficaces et capables de garantir la justice sociale. À La Réunion, l’impuissance publique découle d’un empilement institutionnel absurde : deux collectivités majeures — Région et Département — qui se marchent sur les pieds sur un territoire de 2 500 km2, dépensant une énergie folle à financer des doublons administratifs pendant que les urgences du siècle s’accumulent.
Il est temps de solder cette inertie :
L’Assemblée Unique de La Réunion : Fusionner sans attendre le Conseil Régional et le Conseil Départemental en une instance politique unifiée. Assortie d’un véritable pouvoir d’adaptation des lois et règlements (article 73 de la Constitution), cette collectivité unique doit pouvoir légiférer directement sur nos réalités : réguler le foncier, imposer des normes de construction tropicales et adapter la fiscalité.
La Conférence Territoriale et le Plan Global de Développement : Sortir de la politique au coup par coup et des budgets d’affichage électoral. Instaurer une instance permanente réunissant élus, syndicats, monde économique et société civile pour adopter un Plan de développement global et cohérent à 20 ans, sanctuarisant nos objectifs d’autonomie alimentaire, de logement et de transition énergétique.
Le travail contre l’assistanat : Cesser de traiter le chômage de masse par la précarité des contrats aidés. Il faut réorienter la commande publique vers un plan massif de formation et d’embauche durable de notre jeunesse dans les métiers d’avenir : agroécologie, énergies renouvelables et réhabilitation du bâti.

Rompre le blocus normatif et regarder notre océan : La promesse de l’ODD 17

L’ODD 17 impose de nouer des partenariats régionaux réels et équitables. Posée au milieu de l’océan Indien, La Réunion s’obstine pourtant à tourner le dos à son environnement géographique immédiat, maintenue dans un isolement commercial asphyxiant par le dogme des normes européennes.
L’intégration souveraine dans la Commission de l’Océan Indien (COI) : La Réunion doit cesser de n’être qu’un spectateur sous tutelle. Elle doit siéger directement et négocier ses propres accords de co-développement avec Maurice, Madagascar, les Comores et les Seychelles.
Filières régionales et souveraineté alimentaire : Il est absurde de faire voyager de la nourriture sur 10 000 kilomètres depuis l’Europe quand nos voisins produisent des denrées de qualité à nos portes. Organiser des lignes maritimes de fret régulières dans le bassin pour importer à coûts maîtrisés l’alimentation et les matériaux bruts, tout en exportant notre ingénierie et nos technologies vertes.
Un pôle scientifique et climatique mondial : Transformer notre île en capitale régionale de la recherche sur le changement climatique, la gestion des risques cycloniques et la préservation de la biodiversité tropicale, en synergie directe avec les universités du bassin.

Conclusion de la série : Le choix de la responsabilité

Pauvreté de masse au cœur de la République (Volet 1), économie de rente et vie chère (Volet 2), tout-pétrole et blocage des transports (Volet 3), pillage de l’eau et mort de nos récifs (Volet 4), et enfin responsabilité politique et ancrage régional (Volet 5) : l’Agenda 2030 n’est pas un formulaire administratif à remplir pour Bruxelles, c’est le combat pour la survie et la dignité de La Réunion.
Le temps des bilans d’autosatisfaction est révolu. Le développement durable de notre île ne viendra ni d’un transfert budgétaire miracle, ni d’un décret parisien : il viendra du travail, de l’intelligence collective et du courage politique des Réunionnais eux-mêmes.
« L’avenir de La Réunion ne s’écrira pas dans la résignation ou le statut quo : il s’écrira par la responsabilité, la liberté d’entreprendre et le regard tourné vers notre océan. »

David Gauvin


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