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« La Voix des Origines : Ces géants qui ont pensé l’Afrique unie »
21 juillet, par

« L’indépendance du Ghana n’a de sens que si elle est liée à la libération totale du continent africain. L’Afrique doit s’unir maintenant ou périr. »
— Kwame Nkrumah
Le 6 mars 1957, le monde a les yeux rivés sur Accra. Le Ghana devient la première colonie d’Afrique subsaharienne à arracher son indépendance. À la tribune, un homme incarne ce séisme géopolitique : Kwame Nkrumah (1909-1972). Disciple de Du Bois et de Padmore, l’Osagyefo (« le Rédempteur ») refuse d’emblée de s’enfermer dans le costume étriqué de président d’un micro-État.
Pour Nkrumah, l’indépendance nationale n’est qu’un moyen tactique. Son véritable objectif est d’une ambition monumentale : saborder les frontières coloniales pour fonder, sans attendre, les États-Unis d’Afrique.
Là où la majorité des dirigeants africains de l’époque prônent une décolonisation par étapes et le maintien de liens privilégiés avec les anciennes métropoles, Nkrumah oppose une analyse doctrinale implacable qu’il théorise sous le concept de néocolonialisme.
Il explique que si l’indépendance politique est formelle (un drapeau, un hymne), mais que l’économie reste contrôlée par les multinationales occidentales, la domination coloniale change simplement de visage pour devenir plus pernicieuse.
Sa réponse est radicale : il faut une unification immédiate. Nkrumah affirme que des micro-États isolés et balkanisés n’auront jamais le poids économique pour négocier face aux grandes puissances. Il exige la création instantanée d’un gouvernement continental, d’une monnaie unique et d’un commandement militaire unifié pour protéger les richesses du continent.
Le point de capiton de sa stratégie géopolitique se joue en mai 1963, lors du sommet fondateur de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba. Nkrumah y livre un discours historique, d’une intensité dramatique rare, où il exhorte ses pairs à abandonner une partie de leur souveraineté naissante au profit de l’unité.
C’est le choc de deux blocs :
Le Groupe de Casablanca (mené par Nkrumah, Touré et Keïta), partisan d’une fédération africaine immédiate et supranationale.
Le Groupe de Monrovia, réformiste et souverainiste, qui refuse de dissoudre les jeunes frontières étatiques.
C’est la vision minimaliste de Monrovia qui l’emporte. L’OUA naissante devient un syndicat de chefs d’État jaloux de leurs prérogatives plutôt qu’un outil d’unification. Nkrumah sort politiquement affaibli de ce sommet, mais l’Histoire validera son diagnostic : l’Afrique est restée divisée, et donc vulnérable aux ingérences.
Ne pouvant unifier le continent par la diplomatie, Nkrumah radicalise sa politique intérieure et internationale. Il lance le Ghana dans des projets industriels titanesques (comme le barrage de Voltagate) pour briser la dépendance énergétique, et s’aligne de plus en plus sur le bloc socialiste, tout en finançant activement les mouvements de libération du continent.
Cette audace géopolitique est intolérable pour l’Occident en pleine guerre froide. Le 24 février 1966, alors qu’il est en mission diplomatique en Chine, un coup d’État militaire appuyé en sous-main par la CIA renverse son régime.
Nkrumah ne reverra plus jamais le Ghana. Accueilli en exil par son frère d’armes Sékou Touré en Guinée, nommé coprésident honorifique, il passera ses dernières années à rédiger ses œuvres de combat les plus sombres depuis la Villa Syli à Conakry, avant de s’éteindre en 1972.
Le rêve fédéral de Nkrumah a été brisé par les égoïsmes nationaux et la guerre froide, mais sa doctrine reste la boussole indispensable du souverainisme africain contemporain : la balkanisation est l’assurance-vie de l’impérialisme.
À l’heure où le continent tente de faire émerger la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf) ou que les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) tentent de mutualiser leur défense et leur monnaie, la pensée de Nkrumah résonne comme un avertissement prophétique. Il a enseigné que face aux blocs impériaux (américain, européen ou asiatique), aucune nation africaine ne peut s’en sortir seule. L’unité n’est pas un idéal poétique ou une option sentimentale ; c’est une nécessité absolue de survie géopolitique pour éviter que le continent ne soit, une fois de plus, le terrain de jeu des ambitions étrangères.
Comme il le martelait dans son essai de combat « Le Néocolonialisme, dernier stade de l’impérialisme » :
« Un État africain qui tente de résoudre ses problèmes de développement de manière isolée se condamne à la mendicité internationale. L’Afrique doit s’unir politiquement, car la division économique est la racine de notre impuissance. »
David Gauvin
Le 5 septembre, rendez-vous au Parc Boisé du Port
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