Le déni colonial d’Édouard Philippe : l’insulte faite à la mémoire des peuples

28 août, par David Gauvin

Lorsque des déclarations choc surviennent une première fois sur les plateaux parisiens, on pourrait tenter d’y voir la maladresse d’une formule mal maîtrisée ou un dérapage médiatique de plus. Mais lorsque l’ancien Premier ministre récidive, insiste et persiste à refuser de qualifier la colonisation de crime, le doute n’est plus permis. Il ne s’agit pas d’un dérapage isolé. Nous sommes face à une démarche politique méthodique, calculée et idéologiquement assumée.

Ce positionnement réitéré s’inscrit dans une stratégie bien connue : flatter l’électorat nostalgique de la domination impériale pour construire l’union des droites. En cherchant systématiquement à séparer « la colonisation » des atrocités qui l’ont constitutivement fondée — l’esclavage, le travail forcé, les déportations et le pillage des ressources —, Édouard Philippe valide une entreprise d’amnésie organisée. La manœuvre rhétorique consiste à admettre du bout des lèvres qu’il y a eu « des crimes », tout en refusant de reconnaître la nature intrinsèquement criminelle du système colonial lui-même. C’est un sophisme intolérable. On ne sépare pas la logique de conquête des violences qui ont servi à l’imposer.

Cette obstination est une injure directe adressée aux peuples qui ont subi la barbarie coloniale et à ceux qui, dans nos territoires insulaires, continuent de vivre avec ses séquelles. Ce n’est pas une simple querelle de mots : cautionner l’héritage colonial, c’est légitimer les rapports de dépendance et le paternalisme d’État qui entravent encore aujourd’hui le développement et l’émancipation de nos régions.

L’Histoire ne se négocie pas au gré des ambitions présidentielles. Face au retour décomplexé de la pensée de comptoir, l’exigence de vérité doit rester intraitable. La colonisation fut une entreprise de soumission et de crime contre la dignité humaine, et nulle contorsion politique ne pourra effacer cette réalité de la mémoire collective. Face à cette violence institutionnelle qui tente de réécrire le passé, les mots de Frantz Fanon dans « Les Damnés de la Terre » retentissent avec une actualité brûlante :

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. »

David Gauvin

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