Chroniques du génie réunionnais (5/5)

Le manifeste : la trajectoire d’une audace insulaire

22 août, par David Gauvin

Pourquoi il est temps de dépasser la déploration permanente pour célébrer trois siècles d’innovation et bâtir La Réunion de demain.

On ne compte plus les rapports, les tribunes et les discours consacrés exclusivement aux difficultés de La Réunion. Chômage structurel, vie chère, retards d’équipements, précarité sociale : le diagnostic est connu, répété jusqu’à la satiété, transformant presque notre identité en une équation de manques et de dépendances. À force de scruter ce qui fait défaut, un pli culturel s’est installé dans le débat public : celui de la déploration permanente.
Pourtant, au terme de ce parcours à travers notre histoire, on peut imaginer un autre récit.
Du brin de bambou d’Edmond Albius à la bioéconomie de la canne, des tunnels taillés à la main dans la falaise au viaduc sur l’océan, du modèle coopératif d’Urcoopa aux molécules radio-pharmaceutiques du Cyclotron, j’ai apporté la preuve matérielle d’une force vive. Ces réussites ne sont pas des accidents de l’histoire ou de simples coïncidences : elles sont le produit direct du génie réunionnais.

Le refus du fatalisme insulaire

Si l’on prend le recul de la géographie et de l’histoire, le prétendu « miracle » réunionnais ne doit rien au hasard. Observons le monde insulaire qui nous entoure. Regardons les trajectoires d’autres anciennes colonies insulaires françaises pourtant dotés de statuts et de moyens comparables. Là où d’autres régions affrontent des crises sanitaires récurrentes, une défaillance dramatique des réseaux d’eau potable ou un enclavement physique lourd, La Réunion a accompli en moins d’un siècle une mutation matérielle, sanitaire et infrastructurelle d’une ampleur exceptionnelle.
Ce saut qualitatif ne s’explique pas uniquement par la solidarité nationale ou les transferts financiers. Réduire la trajectoire réunionnaise à une simple mécanique d’assistance est une erreur historique et une injure à la réalité. Ce développement remarquable est d’abord le fruit de cette capacité singulière, forgée par trois siècles d’isolement au milieu de l’océan Indien, à répondre à l’hostilité d’un territoire par l’invention collective.

Retrouver l’estime de soi pour éclairer demain

Mettre en lumière cette fresque ne relève pas d’une complaisance chauvine ou d’un aveuglement face aux détresses qui persistent. Personne ne nie la pauvreté qui touche encore de trop nombreuses familles.
Mais nous devons comprendre une chose essentielle : on ne bâtit pas l’avenir d’un peuple sur la honte de soi ou le sentiment de l’incapacité.
Pour aborder les défis colossaux des décennies à venir — la transition énergétique, le changement climatique, le vieillissement démographique et la souveraineté alimentaire —, La Réunion n’a pas besoin de chercher ses remèdes dans des modèles importés. Les ressources intellectuelles, techniques et humaines sont ici. La méthode qui a permis de dompter le relief, de structurer l’élevage local et de maîtriser la médecine nucléaire est exactement celle dont nous avons besoin pour bâtir La Réunion de demain.
Ne cherchons plus ailleurs les clés de notre destin. La Réunion n’est pas une terre en attente de secours : c’est une terre d’audace qui a prouvé qu’elle savait accomplir l’impossible.

« Un peuple qui oublie la mémoire de ses victoires se condamne à subir l’histoire des autres. Le génie réunionnais n’est pas un souvenir d’hier : c’est notre seule boussole pour demain. »

David Gauvin


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