Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Point de vue
16 mars 2011

Toute prise de parole implique la construction d’une image de soi. Le candidat à l’élection de conseiller, rien que par son style, ses compétences langagières et encyclopédiques, ses croyances suffisent à donner une représentation de sa personne. Consciemment ou non, il effectue dans son discours une représentation de sa personne, il dévoile son éthos, c’est-à-dire la construction d’une image de soi destinée à garantir le succès de son entreprise de communication. J’admire ces prétendants, futurs conseillers, par bien des aspects de leur génie. Mais ils me sont étrangers comme d’autres. Je ne les ai jamais croisés, mais eux ont beaucoup plus besoin pour me (nous) convaincre par leur rhétorique. A la lecture de certains de leurs discours, voici notre analyse des différentes déclarations recueillies au travers des modalités d’interventions et des marques individuelles d’inscription des candidats dans leur énonciation.
Faire du collectif
Les prétendants conseillers ou ceux qui rempilent ont tous le souci d’accompagner le peuple citoyen vers le bonheur, et, pour cela, ils font la promesse d’être leurs guides, serviteurs « sérieux », « droits » et « honnêtes » pour les uns, et pour les autres des meneurs qui usent tantôt des apostrophes ou des interpellations « trouvez-vous… », « il ne vous reste que… », des exhortations « comptez sur votre… », « transformons le bulletin… » ; d’usages de “vous” ou de “votre” pour montrer à la population désignée qu’elle est la première concernée et qu’elle doit se mobiliser derrière eux, les futurs dirigeants, les seuls capables de les sortir de leur marasme actuel. Sur des promesses, ces possibles conseillers souhaitent redonner la « fierté à la communauté en désespoir », « rassembler les citoyens autour de réalisations » et tout serait fait à « leur égard ». Si on peut observer à travers ce discours rassembleur l’idée de partage, de solidarité et une invitation commune à recouvrer ce qu’ils ont perdu ou ce qu’ils souhaitent conserver ou améliorer davantage, c’est aussi un moyen pour les candidats à inciter leur auditoire ou leurs concitoyens à se joindre à eux pour agir dans l’urgence.
Agir dans l’urgence
Pour mener à bien leur entreprise, chacun des candidats s’est considéré en guerre contre un ennemi virtuel ou déclaré. Ainsi constate-t-on qu’en lisant les nombreux tracts distribués ici et là, de nombreux termes du champ lexical de guerre et de violence (camouflage, maltraiter, cassé…, sali…, clan, passer en force, force, épreuves…, luttes, intensifier… provocations), des termes dévalorisants (malversations, escroqueries, méfaits), sont employés pour soutenir des exemples de démonstration de preuves ; des superlatifs, des répétitions, des allusions, des compléments circonstanciels, des déictiques, pour marquer soit le but, soit la manière des actions exprimées, puis de finir par des présentatifs (c’est me…, c’est pour…) afin de bien viser l’ennemi dans la “bataille”.
Tout ceci rondement mené pour montrer que le citoyen en guerre perd sa fierté, la solidarité, la dignité humaine, ils les invitent donc à « quitter la peur » pour les rejoindre sur leur programme, en leur accordant tacitement le pouvoir de vaincre « la guerre » qui leur manquait.
Tout le pouvoir à moi
L’emploi démesuré du pronom de la première personne et la personnalisation du rôle de leader hors pair traduit l’image de soi du candidat qui refuse tout partage du pouvoir, qui veut, en revanche, que le peuple le lui concède. A travers des successions du pronom “je”, comme dans « je me soumets », « j’ai décidé », « je veux », du pronom “me” comme « m’accorder… », « donnez-moi », « je me présente », des possessifs comme « mes engagements », « ma démarche », on comprend que ces promesses sont avant tout pour les candidats eux-mêmes qui veulent se convaincre qu’ils sont en mesure de « présider », de « diriger » en stratèges astucieux, « expérimentés », assoiffés de pouvoir.
Ainsi ils veulent user de leur rhétorique pour assouvir leur faim du pouvoir et satisfaire leur éthos.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même
Ces candidats apparaissent comme des loups, des lions humanisés qui se font entre eux la guerre. C’est justement pour mieux soupeser leurs capacités de rhétoriciens dans cette guerre verbale, qui est une maladie convulsive et violente du corps politique, et pour se positionner dans leur énonciation qu’ils ont besoin de s’incorporer dans la compétence culturelle de leurs concitoyens, et dans la situation d’énonciation, pour dégager l’image qu’ils peuvent faire des électeurs et celle que ces derniers leur renvoient.
Bienvenu H. Diogo
Nos peines
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