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À La Réunion, la mémoire de l’esclavage est née des luttes populaires. Dès 1946, Raymond Vergès honore l’abolition avec un arbre de la Liberté, arraché par les conservateurs. En 1948, des milliers de Réunionnais défient l’interdiction de manifester pour célébrer le 20 décembre. Face à l’assimilation, le PCR défend l’identité réunionnaise et impose la reconnaissance du 20 décembre comme jour férié en 1982, avant d’inspirer la loi de 2001 reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité.
À La Réunion, la mémoire de l’esclavage ne date pas des cérémonies officielles parisiennes. Elle plonge ses racines dans les luttes populaires menées dès la sortie du régime colonial. En 1946, Raymond Vergès, maire de Saint-Denis, fit planter au Barachois un arbre de la Liberté pour honorer l’abolition de l’esclavage. Les conservateurs revenus au pouvoir l’arrachèrent. Mais ils ne purent arracher la mémoire du peuple. Deux ans plus tard, le 20 décembre 1948, les rues de Saint-Denis étaient noires de monde pour célébrer le centenaire de l’abolition défiant l’interdiction de manifester ordonnée par le maire réactionnaire. Syndicats, militants communistes, travailleurs et descendants d’esclaves marchaient ensemble pour dire que la liberté ne se mendie pas : elle se conquiert.
Puis vint le temps de l’assimilation. Il fallait taire l’histoire réunionnaise, effacer les luttes, faire oublier l’esclavage et ses conséquences. La départementalisation fut présentée comme une solution de progrès alors qu’elle installait un système de dépendance économique et politique prolongeant sous d’autres formes les logiques coloniales.
Face à cette offensive contre l’identité réunionnaise, le Parti communiste réunionnais plaça la question culturelle et mémorielle au cœur du combat politique. Malgré la répression, malgré les interdictions, le 20 décembre continua d’être célébré. Dans les années 1970, les communes dirigées par les communistes sortirent ces célébrations de la clandestinité. Ce combat populaire imposa finalement à l’État français la reconnaissance officielle du 20 décembre comme jour férié à partir de 1982.
Mais la bataille pour la vérité ne pouvait s’arrêter là. Reconnaître une date ne suffisait pas. Il fallait reconnaître le crime. Le 22 décembre 1998, les députés réunionnais Élie Hoarau, Huguette Bello et Claude Hoarau déposèrent une proposition de loi visant à faire reconnaître la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Cette initiative ouvrit la voie à la loi portée ensuite par Christiane Taubira et adoptée à l’unanimité par le Parlement le 10 mai 2001.
M.M.
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