Culture et identité

11 novembre : fête réunionnaise en hommage aux migrants venus d’Afrique, de Chine, d’Inde et de Madagascar

La commémoration de l’abolition de l’engagisme indien fixe une date dans le calendrier réunionnais

Manuel Marchal / 9 novembre 2019

Si en France le 11 novembre marque la fin de la première guerre mondiale, à La Réunion cette date a une autre signification. Elle commémore l’interdiction faite à la France d’aller chercher en Inde des travailleurs pour répondre aux besoins de l’industrie sucrière réunionnaise. C’était la conséquence des mauvais traitements infligés par des Réunionnais à ces immigrés qui avait un statut d’engagé. Au même titre que l’esclavage, l’engagisme sera reconnu comme un crime contre l’humanité, et ne concernait pas seulement l’Inde mais aussi d’autres pays qui ont fortement contribué au peuplement de La Réunion.

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La reproduction de ce document rappelle que les ancêtres venus de Chine sont passés par les Lazarets.

Le 11 novembre, la Grande Chaloupe accueillera l’hommage annuel rendu aux ancêtres des Réunionnais arrivés dans notre île sous le statut d’engagé. La date retenue correspond à l’abolition de l’engagisme indien, en raison des mauvais traitements infligés par des Réunionnais à ses travailleurs immigrés. Le scandale fut si important que la Grande-Bretagne interdit aux bateaux français de venir puiser leur cargaison de chair humaine en Inde.

Cette période bouleversa complètement La Réunion, car ce furent plus de 50.000 Indiens qui vinrent dans notre île, et apportèrent principalement leur culture dravidienne à un pays sortant de l’esclavage et qui comptait alors moins de 100.000 habitants.
L’engagisme a aussi amené à La Réunion des représentants d’autres civilisations, notamment les Comores, la Chine, l’Inde musulmane, Madagascar ou le Mozambique.

Tous étaient obligés de passer par la Grande-Chaloupe, qui abritait les Lazarets. Ces bâtiments étaient des lieux de quarantaine, succédant aux Lazarets de la période de l’esclavage qui se situaient notamment à Saint-Denis. Ils traduisaient la peur de la société de l’époque, celle de l’importation à La Réunion d’une maladie contagieuse que la médecine occidentale de l’époque était alors bien incapable de soigner.

Cette cérémonie rappelle donc que pour les Réunionnais, le 11 novembre est une date qui n’a pas la même signification qu’en France, ce qui n’est guère étonnant car chaque peuple a son histoire.

M.M.