La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Une interview (presque) imaginaire du Directeur régional des Affaires culturelles
6 février 2007

“Témoignages” a sollicité le DRAC pour recueillir son sentiment sur le bilan de l’année qui se termine. Pour paraphraser un homme politique métropolitain, célèbre en son temps pour sa pugnacité : « Si ce n’est pas vos questions, ce sont mes réponses », dit-il en manière de plaisanterie.
Comment qualifier 2006 en termes de développement culturel ?
- Au risque de simplifier, je dirais qu’elle me paraît avoir été marquée par l’attente. On a en effet assisté au renouvellement de plusieurs institutions, dans des secteurs aussi différents que les musées, le spectacle vivant, les arts plastiques. Au Musée Léon Dierx, une nouvelle conservatrice, Laurence Madeline, a été recrutée par le Conseil général, après une vacance de 2 années à la tête d’une des institutions culturelles phares de l’île.
Au Séchoir de Saint-Leu, où Jérôme Galabert avait souhaité se consacrer entièrement au Festival Sakifo, les 4 partenaires institutionnels et l’association de gestion ont choisi un nouveau Directeur, Alban Corbier-Labasse. Ce n’est bien sûr que l’an prochain qu’ils commenceront de donner plein sens à leur action.
Le FRAC, en coma depuis 2003, a renouvelé son Conseil d’administration et recruté une chargée de mission qui travaille d’arrache-pied, mais on n’attend des résultats visibles qu’en 2007. Une bonne partie de cette année a été consacrée à la redéfinition du cahier des charges du Centre dramatique de l’Océan Indien et à une discussion entre l’Etat et les collectivités pour le renouvellement du mandat du Directeur, puis à la procédure de recrutement d’une nouvelle Direction. Dans un autre ordre, le second semestre a fait l’objet d’une négociation intense sur les programmes européens, qui ont une incidence non négligeable sur le développement culturel. Oui, une certaine attente.
La faute aux élections ?
- En termes de chronologie, on ne peut pas nier que 2006 précède 2007 (rire). Plus sérieusement, c’est assez difficile à dire. J’ai parfois un peu l’impression d’un certain attentisme de la part de quelques collectivités. Cela dit, le développement culturel dans l’île, ça marche ! Les institutions culturelles font leur travail, qui est de permettre au public, aux citoyens de rencontrer les artistes. Les artistes font leur travail, qui est de donner à rêver, à voir, à comprendre pour nous tous. Les collectivités et l’Etat font aussi leur travail, qui est de leur donner les meilleures conditions pour travailler, même si des choix sont inévitables.
La politique culturelle est une réalité. On voit des collectivités, comme la ville de Saint-Benoît, s’y engager résolument, sans parler du Port qui la pratique de longue date. Le TCO (Territoire de la Côte Ouest - NDLR) a produit une étude remarquable permettant de planifier son intervention dans l’avenir. La ville de Saint-Paul réfléchit aux moyens de l’améliorer. Les médiathèques sortent de terre. Les enfants et les jeunes ne sont pas oubliés. La conscience de la nécessité de mettre en valeur le patrimoine de La Réunion, bâti ou immatériel, semble progresser. L’audiovisuel et le cinéma avancent. Tout cela, ce sont des éléments très forts d’optimisme.
Votre plus grand regret en 2006 ?
- Sans aucun doute, le non renouvellement d’Ahmed Madani au Centre dramatique. Nous nous sommes beaucoup investis pour convaincre nos partenaires de la qualité de son bilan et de l’intérêt de lui laisser poursuivre sa tâche. Nous avons échoué. Oui, je le regrette. Nous avons pu cependant nous mettre d’accord sur une nouvelle Direction bicéphale. Je lui souhaite la meilleure réussite, tout comme à Ahmed Madani, qui continuera à bénéficier de l’appui de l’Etat en Ile de France.
Un coup de cœur ?
- Là, vous me demandez de faire des jaloux ! Non. J’ai été vraiment touché par la manifestation organisée par la ville de Saint-Denis autour du Design. On en a vraiment pris plein les yeux : expositions, conférences, ateliers, défilés... et pleins de contacts pour l’avenir. Quel travail ! Quel respect du public et quel sens du service public ! Merci à Nathalie Gonthier et tous ceux qui y ont participé. D’ailleurs, j’ai acheté un fauteuil, moi qui ne suis pas collectionneur.
Louis Poulhès dirige ce service de l’Etat (Ministère de la Culture et de la Communication) à La Réunion depuis octobre 2004. Agrégé d’Histoire, ancien élève de l’Ecole Nationale d’Administration, il a travaillé dans les domaines de la culture et de l’audiovisuel (Conseiller culturel, Directeur d’institut français à l’étranger, Responsable adjoint des Affaires internationales au Ministère de la Culture, Chef de département de la production audiovisuelle à la Direction du développement des médias, de la diplomatie et de l’économie).
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