Ilha Moçambique

29 La ville engloutie par la terre - 1 -

1er juillet 2004

Chacun de nous devrait, de temps en temps, faire un séjour africain, pour apprendre ou réapprendre des choses simples. La marche à pied par exemple : la très grande majorité des 14.000 habitants de l’île du Mozambique traversent à pied leur île dans tous les sens, tous les jours. Les rues défoncées, trouées de nids de poule, sont aussi parcourues de nombreux cyclistes qui serpentent entre les flaques. Et les véhicules sont encore rares, et souvent très usagés, mais très utiles aussi pour rejoindre le continent, de l’autre côté du pont long de trois kilomètres, construit au Sud (bien : au Sud*) au début des années 60.
L’île aussi est longue de trois kilomètres, de l’extrémité des cimetières - chrétien, musulman - et du champ crématoire hindou datant du XVIIIe siècle (reconstruit en 1959 et aujourd’hui abandonné), jusqu’à la pointe Nord où fut édifiée le premier bastion (baluarte) portugais au tournant du XVe et XVIe siècle, puis l’église de Notre-Dame de Baluarte, puis les fortifications pour défendre le tout et inscrire dans le paysage une présence qui se voulait définitive.
Largeur : un demi kilomètre plus ou moins, de la façade Ouest continentale à celle qui regarde vers le canal du Mozambique. Le fortin du Sud, construit sur un îlot, était autrefois équipé de canons qui veillaient jalousement sur le canal.

Patrimoine mondial de l’humanité

L’Île a été la capitale du Mozambique du temps de la colonisation portugaise. Elle en a gardé les vestiges d’une architecture somptueuse, aujourd’hui rongée par le temps. La plaque apposée à l’entrée Sud de l’Île rappelle que l’UNESCO l’a rangée au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1991. Il était temps... Et il faudra encore d’importants capitaux pour restaurer la ville de pierre construite dans la partie Nord à l’abri de la forteresse. Il en faudrait aussi, surtout, pour rendre habitable et salubre la partie africaine de l’Île, couverte de paillottes qui se chevauchent au fond d’un cloaque, terrain choisi de la malaria.
La forteresse est un des premiers témoins du passé inscrit à un programme de restauration. Certains de ses murs ont été refaits à la chaux et le gouvernement japonais a débloqué 1,3 million de dollars pour une deuxième tranche de travaux. Au-delà, des constructions récentes - comme l’hôtel Omuhipiti, du nom makoa de l’Île qui a donné son nom au pays - témoignent de la volonté des autorités de faire du tourisme un atout fort de la reconstruction. Un peu partout, les rues de terre sont bordées de ruines envahies par la végétation. On ne sait parfois, du minéral ou du végétal, enlacés dans une lutte immémoriale, lequel absorbe l’autre jusqu’à le faire sien.

Réhabilités par les habitants

Les bâtis anciens les plus valides ont été réhabilités par les habitants actuels selon une répartition dans l’espace qui semble répéter la partition ancienne de l’Île entre le Nord colonial, la ville de pierre - où résident aujourd’hui les touristes et les ONG internationales, entre autres... - et le Sud africain, la ville “mékouti”, du nom des toits de palme qui recouvrent des murs de torchis ou de briques peintes.
Le Tribunal a un air de vaisseau fantôme perché sur des volées de marches que plus personne ne semble avoir gravi depuis longtemps. Dans un dédale de rues étroites bordées de maisons hautes, est une ancienne demeure qui se distingue par son portail ouvragé planté de gros clous de fer et ourlé d’un linteau sculpté dans la pierre. C’est là, dit-on, que vécut pendant deux ans le grand poète portugais Luis de Camões, un contemporain de Cervantes. Le père de Don Quichotte était d’environ vingt ans son cadet et fut comme lui happé par le grand large. Cervantes revint de la bataille de Lepante amputé d’un membre. Camões faillit bien ne pas revenir de son échappée vers les Indes : à court d’argent, au retour de Goa, il s’échoua - dit-on - sur l’île du Mozambique - à laquelle sont dédiés plusieurs poèmes - et ne dut son retour au pays natal qu’à la générosité d’un compatriote, marchand de son état.

(à suivre)

Pascale David

* Rectificatif : une erreur nous a fait inverser l’orientation de l’île, dans la page photo de mercredi. L’entrée de l’île, par le pont, est au Sud-Ouest, tandis que la forteresse et la ville coloniale sont à la pointe Nord .
D’autre part, ce n’est pas Kamal Eddine Saindou qui était au bar du stand Réunion (il y est bien passé, mais pas ce jour-là), c’est un des traducteurs mozambicains attachés à la délégation réunionnaise.


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