L’assassinat de Joseph Landon

30 ans après, les zones d’ombre demeurent

21 décembre 2006

Le magazine “Complément d’enquête” diffusé par Télé-Réunion évoque certaines grandes affaires criminelles qui ont marqué le 20ème siècle. Il s’agit de faits d’une extrême gravité qui se sont déroulés en France métropolitaine et qui ont donné lieu à de retentissants procès dont l’issue est loin d’avoir satisfait une opinion légitimement désireuse de savoir toute la vérité dans les affaires dites Seznec, Dominici, Villemin. Cette liste n’étant évidemment pas exhaustive.
L’occasion nous est ainsi offerte de rappeler que La Réunion a été, elle aussi, le théâtre de faits tragiques sur lesquels les tribunaux se sont prononcés sans se donner les moyens de dissiper les zones d’ombre qui les entouraient.
De tous ces faits, pour la plupart fort peu médiatisés, celui qui a coûté la vie au travailleur portois Joseph Ludget Landon a suscité assurément le plus d’interrogations et aussi d’indignation.
L’objet du présent dossier est de relater ce douloureux évènement ainsi que les suites judiciaires qui lui ont été données.

La mort de Joseph Landon est survenue dans la nuit du 17 au 18 mai 1974, à la fin de la campagne du second tour de l’élection à la présidence de la République du 19 mai 1974.
Le candidat socialiste François Mitterand - soutenu par le PCR - ayant largement distancé à La Réunion ses concurrents lors du 1er tour, la droite locale n’hésite pas à recourir à la violence afin de créer un climat propice à tous les mauvais coups et de contester ensuite les résultats d’un scrutin dont tous les observateurs s’accordent à penser qu’ils seront une nette confirmation des résultats du premier tour. Les chiffres qui suivent prouvent au demeurant qu’ils ne se sont pas trompés.

Résultats du scrutin du 5 mai 1974 :

- François Mitterrand : 55.354 voix

- Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d’Estaing réunis : 54.361 voix

Résultats du scrutin du 19 mai 1974 :

- François Mitterrand : 68.364 voix (50,5%)

- Valéry Giscard d’Estaing : 67.109 voix (49,5%)

De tous les actes de violence qui ont ponctué la campagne du second tour, deux ont été d’une exceptionnelle gravité.

• Le premier a été commis sur le territoire de la commune des Trois-Bassins dans la nuit du 10 au 11 mai.
Cette nuit-là, sur la RN1, dans le virage situé à la sortie Est du pont de la Grande Ravine, un barrage de galets obstrue partiellement la chaussée surplombée côté montagne par un promontoire rocheux. Surpris par cet obstacle, Justin Almar, le chauffeur de Paul Vergès qui regagne en voiture son domicile dionysien après plusieurs meetings tenus dans le Sud de l’île, se voit contraint de rouler au pas. Des coups de feu sont alors tirés dans sa direction, côté passager avant, atteignant le capot et l’aile droite de son véhicule.
Sorti indemne de ce guet-apens, l’actuel Président de la Région Réunion - qui était à l’époque Maire du Port et Conseiller général du 1er canton de Saint-Pierre - alerte non seulement le Procureur de la République mais aussi le Préfet de La Réunion et la gendarmerie. Cette embuscade qui a failli coûter la vie à l’ex-Secrétaire général du PCR n’a pas donné lieu à une enquête sérieuse. Enquête dont les résultats n’ont d’ailleurs pas été communiqués au plaignant.

• Le second acte de violence a été commis sur le territoire de la commune du Port. Il a entraîné la mort de Joseph Ludget Landon dans la nuit du 17 au 18 mai.

Comment cela s’est passé...

Voici, dans leur ordre chronologique, le rappel des faits au terme desquels Landon a été sauvagement tué.

Le vendredi 17 mai à 20 heures, le meeting de clôture de la campagne électorale pour la commune du Port se tient dans la cour arrière de la Mairie.
En vue de faciliter la participation à ce meeting des habitants de la Ravine à Marquet - un écart de la commune du Port - un bus est mis à leur disposition sous la responsabilité de Ludovic Latra, un militant communiste de ce quartier éloigné de la Mairie d’une dizaine de kilomètres.

Joseph Landon ainsi qu’une trentaine de personnes prennent place dans le bus vers 18 heures. A leur arrivée à la Mairie où se presse une foule dense, ces personnes devront faire preuve de patience avant de pouvoir entendre les orateurs de la gauche unie dont Paul Vergès et Jean-Christophe Mitterrand.
Dans le climat d’euphorie qui règne aux abords de la Mairie, personne, pas même les hommes du commissaire Alfred Léoville, ne semble avoir remarqué que, non loin de là, une camionnette Peugeot 404 de l’entreprise Maurice Tomi reste garée pendant plusieurs heures.

Dans ce véhicule, pourtant facilement repérable en raison des affiches électorales de Giscard qui la recouvrent, trois hommes font le guet. Il s’agit de Paul Lefèvre, Augustin Hamilcaro et Gilbert Bourdat. On apprendra plus tard que s’ils sont là, c’est à la demande du chef d’entreprise Maurice Tomi dont les ateliers sont situés dans la zone industrielle n°1 du Port. Ce dernier - qui les a réunis dans l’après-midi du 17 mai - leur a confié la mission d’aller « surveiller la réunion politique de la Mairie ». Ce véhicule, ayant à son bord les trois occupants susnommés, a quitté, selon toute vraisemblance, son lieu de stationnement peu avant la fin du meeting.

Landon est mort !

Dès la fin du meeting, peu vers 22h15, Ludovic Latra entreprend de rassembler toutes les personnes qu’il doit reconduire en bus à la Ravine à Marquet. Et là, très grande surprise : Landon ne répond pas à l’appel de son nom ! Des recherches minutieuses sont alors effectuées dans un assez large périmètre autour de la Mairie. Ces recherches étant infructueuses, le retour des passagers du bus à la Ravine à Marquet est décidé. Mais les recherches ne cessent pas pour autant. Après avoir pris des vêtements chauds et s’être désaltérés, quelques amis de Landon reprennent la direction du centre-ville du Port avec le ferme espoir de retrouver ce dernier. Là encore, c’est un constat d’échec qu’ils devront dresser. Chacun rentre ensuite chez soi, n’osant pas imaginer un seul instant qu’il ne reverra jamais plus Landon vivant.

La nuit est déjà bien avancée lorsque la majorité des habitants du village portois décide de prendre un peu de repos. Un repos qui sera hélas de courte durée ; le jour est à peine levé lorsque la nouvelle de la mort de Landon se répand comme une traînée de poudre dans le quartier de la Ravine à Marquet.
Son corps a en effet été découvert derrière le cimetière tout proche, dans les herbes à quelques mètres de l’étroit chemin de terre à peine carrossable reliant le cimetière à l’extrémité Est de l’avenue Raymond Mondon. Ce chemin long de quelque 1.500 mètres qui desservait l’aérodrome du Port avant l’ouverture de Gillot fin 1946 permet aux travailleurs de la Ravine à Marquet et des environs de se rendre à pied au centre-ville du Port en moins de 45 minutes. C’est au demeurant un de ces derniers qui, vers 7 heures, a découvert le cadavre qu’il n’a eu aucun mal à identifier.

A suivre

Eugène Rousse


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Messages

  • Bonjour,

    je suis l’une des petite fille de Joseph Ludget LANDON,
    je ne l’ai pas connu mais j’éprouve une grande tristesse concernant son assassinat. Je pense simplement qu’il y a injustice.


Témoignages - 82e année


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