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Shapèl la Mizèr
7 juillet 2007

Le 40ème anniversaire de la première marche sur le feu à Villèle est célébré ce dimanche.
Le kartyé de Villèle, la famille de Daniel Singaïny et les proches préparent pour ce dimanche 8 juillet, en fin d’après-midi, une fête commémorant la première marche sur le feu inaugurée à La Réunion. C’était à Villèle, le 14 avril 1968. C’est donc la 40ème année que la Shapèl la Misèr, fondée au même moment par Daniel Singaïny, célèbre cette manifestation cultuelle et culturelle, aujourd’hui renommée.
Daniel Singaïny se souvient : « Kan nou la ékri Shapèl la Mizèr, nou la mèt sa in pé par azar. Zordi, Shapèl la Mizèr lé konï dan le mond - an Martinik, dan Lind, an Frans, lil Morisse, le Canada... Nana domoun i téléfone anou dopi Canada, akoz le profésër Benoist la fé konèt anou. Sé in pé par Paul Vergès ossi nou lé konï, paske li lété la pou la promièr marsh la Shapèl la Mizèr, an 1968 ».
Une fête de 18 jours
Le programme de ce 40ème anniversaire a donné lieu à une cérémonie de 18 jours, que la famille Singaïny et la Shapèl la Mizèr célèbrent à cette date - le 2ème dimanche de juillet en marque la clôture - « depuis environ 1970 », explique Maurice Singaïny, fils de Daniel Singaïny, prèt malbar et co-fondateur de la Shapèl la Mizèr. Les deux premières années, 1968-69, la cérémonie a eu lieu autour du 14 avril - qui, à l’époque, n’était pas encore le Jour de l’An tamoul...
« La première marche sur le feu - rappelle Maurice Singaïny - s’est faite sur le terrain De Villèle, la mèm mèm ousa nou lé. Lété intèrdi. La Shapèl la Mizèr lété le premié tanpl la lèv la tèt. Lontan, lété difisil ginnye le droi viv nout kiltïr... »
Cette année, les cérémonies ont commencé le 20 juin et finiront, après la marche sur le feu de dimanche, par une journée de remerciements, le lundi 9 juillet. Les grandes étapes de ce 40ème anniversaire, les principaux moments, sont les 5 journées suivantes :
20 juin : Attache le “carpe” (un morceau de fil avec safran et feuille de bétèl), qui symbolise l’engagement pris par chacun.
30 juin : Arlvan Kadéoulé Yargome : cérémonie symbolisant la naissance du dieu Arlvan, jusqu’à environ 3h du matin. On y joue des scènes tirées du Mahabharata (Bals tamouls).
7 juillet : Mariaj Bon Dié, à partir de 15 heures jusqu’à environ 1 heure du matin. Des plateaux d’offrandes circulent et sont échangés entre les pénitents. Mariaj et Bal tamoul donnent lieu à l’érection d’un bûcher qu’on allume dans la nuit...
8 juillet :... à partir de 4 heures du matin, commencent les sacrifices d’animaux, puis la sortie du chariot, la procession jusqu’à la ravine Saint-Gilles et retour au koïlou. Ce sont de nouveaux des échanges d’offrandes (plateaux de fruits...). Marche sur le feu à partir de 16h.
9 juillet : Journée de remerciement (Idoumbin Poussé), avec sacrifices d’animaux, honneurs aux divinités - à commencer par Karli... mais pas seulement. Selon les pénitentes, les divinités peuvent changer.
Il y a 40 ans...
“Témoignages” annonce la première marche sur le feu
Dans son édition du 12 avril 1968, “Témoignages” - qui était alors une feuille recto-verso quotidienne de grand format, alertant l’opinion sur les problèmes clés du moment - a annoncé la marche sur le feu du dimanche suivant « à 5h du soir, à Saint-Gilles les Hauts - Villèle ».
A l’époque, le seul fait de mentionner dans “Témoignages” une « cérémonie indienne » était un acte de rébellion, de résistance au rouleau compresseur de la “culture officielle”.
Pour rappeler le climat politique de l’époque, il faut dire que le petit encart sulfureux vient après un article sur « les perles à Radio Debré », un appel à préparer le 1er mai et le début d’une série d’articles traduisant l’action des conseillers généraux communistes pour faire obtenir aux planteurs les Allocations familiales des travailleurs agricoles dont ils étaient privés.
On y trouve aussi le communiqué final de la Conférence de Budapest (26 février-5 mars 1968) - après les comptes-rendus dans les n° du 4 au 10 avril. Une conférence historique dans laquelle la délégation du PCR fit connaître ses divergences de vues sur la façon dont était dirigé le mouvement communiste international et proposa pour ordre du jour unique : la solidarité avec le peuple vietnamien ! Les divergences suscitées conduisirent la délégation PCR à s’abstenir lors du vote sur la Déclaration finale.
La Guerre du Vietnam faisait rage, Martin Luther King venait d’être assassiné et ses funérailles donnèrent lieu à des vagues de protestations des Noirs américains contre le racisme... Et pendant ce temps, aux Antilles et à La Réunion, les progressistes étaient emprisonnés et jugés parce qu’ils s’opposaient à la fraude électorale !
P. D
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