Culture et identité

40e anniversaire de Lékritir 77

Un événement de la Semèn Kréol, le résultat d’un combat soutenu par les communistes

Manuel Marchal / 26 octobre 2017

La Semèn Kréol 2017 prévoit de nombreuses activités cette année à La Réunion. L’édition 2017 prend un éclat particulier, car elle marque le 40e anniversaire de Lékritir 77, un travail du groupe Oktob 77.

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En novembre 1977, le texte suivant a été publié par C. Allier, M-J. Apavou, A. Armand, C. Barat, M. Carayol, A. Cheynet, P. Cellier, P. Daburon, B. Gamaleya, T. Gamaleya, A. Gauvin, G. Gauvin, A. Gili, J. Ivoula, M. Lebon, S. Marat, A. Payet, L. Permalnaïck, R. Permalnaïck, S. Sinamalé, M-a, Tall, R. Tiaf-voon. Ils étaient membres du groupe Oktob 77.

Lékritir 77

1. Pou komansé.

Ziska zordi, sak i vé ékrir an kréol i roul sa konm li vé. La kantité-d fason ékrir nout lang i blok ali, i anbar son dévlopman. Pou sa minm, nou k-lé dakor pou fé mont la lang kréol, nou la groupé le 1 oktob 77 pou nou fé lantant desi in fason-n ékrir. Nou l-artrouvé le 22/10/77, é nou la tonm dakor pou sak ni sar di azot :

2. Angro.

Pou ékrir kréol i fo pa ni imit manièr ékrir fransé. Son lortograf lé an zobok, lé tro malizé pou ékrir. Nou la préfér ékri kréol konm i pronons, sansa va anpès tout sak i koné pa lortograf fransé, ékri an kréol. Anplis, sa va kal tout réyoné v-aprann lir dan nout lang. Soman, nou la pa vouli non pli arfoul sak lé abitié èk la lang fransé : nou la tas moiyen fé in fason zot i kas pa tro zot tèt pou gingn lir.
Na dé sértin mo kréol, lalfabé fransé i gingn pa marké. Nou la pa vouli invant dot lèt, par rapor dann masine na poin.
Na in pé-d mo, tout kréol i pronons pa parèy. Inpé i koz an ch, u, j, e. Dot i di s, i, z, é. Ni pé pa ékrir in minm mo détroi fason. Pou-k lortograf lé sinp nou la désid ékri in mo inn fason. Nou la soizi ékri konm la plipar i pronons (i, s, z, é). Mé soman sakinn va lir sa konm li na labitid kozé. (...)

4. An fin-n kont

Tout de moun i konpran, i fo kontrol se fasson-n ékri la. Pou sa minm i fo ni ésèy pou oir si lé bon. S-i fo nou va artrouvé.

Voici la version française du texte :

1. Préambule

Conscients du handicap que constituait pour la promotion du créole la diversité des graphies utilisées jusqu’à maintenant, nous, créolisants, intéressés au premier chef par la question de l’unité de la graphie, nous sommes réunis pour la première fois le 1er octobre 1977 et nous avons constitué un collectif se donnant pour objectif de proposer une graphie commune à tous ceux qui écrivent en créole. Notre collectif s’est à nouveau réuni le 22 du même mois pour élaborer la graphie suivante :

2. Principes généraux

Le collectif s’est inspiré de l’écriture phonologique (un signe pour un son et vice-versa) en essayant d’éviter l’incohérence de l’orthographe française. Il a essayé de tenir compte de la nécessité d’une logique pédagogique vis à vis des Réunionnais non encore alphabétisés en français.

Il a évité d’introduire des signes spéciaux au créole pour des raisons techniques (caractères n’existant pas sur les machines à écrire). Par souci de normalisation de la langue écrite, il a choisi parmi les variantes géographiques de prononciation celles qui sont le plus fréquemment utilisées. Cependant toute latitude de prononciation est laissée à ceux qui liront les lettres retenues par convention. Nous pensons aux ch-s, u-i, j-z, e-é. (...)

4. Conclusion

Il est évident que la graphie proposée doit aêtre testée, en conséquence nous nous engageons à l’expérimenter et à étudier les problèmes que son utilisation soulèverait éventuellement. Nous nous engageons aussi à nous retrouver pour discuter des imperfections que nous aurions remarquées.

Rupture

Aujourd’hui, rares sont les personnes qui remettent en cause la place de la langue créole à La Réunion. C’est une création de migrants venus de plusieurs continents venus à La Réunion pour accroître les profits d’une classe dominante. Cette langue construite dans le peuple est même devenue celle de l’ancienne classe dominante.

En 1977, un groupe se qualifiant de « créolisants » propose une nouvelle graphie. Elle constituait alors une rupture avec celle qui était alors utilisée, et qui utilisait des mots venus du français pour écrire en créole. Cette graphie proposée par des Réunionnais marquait une rupture supplémentaire avec le vieux fond colonial.

Témoignages a joué un rôle dans cette bataille, notamment avec la publication quotidienne du Oté de Justin qui constitue sans doute une des plus importantes banques de textes en créole réunionnais. Comme le maloya, le créole a survécu et il est même écrit selon une graphie imaginée par des Réunionnais. Ces avancées doivent beaucoup aux communistes réunionnais.

M.M.