Monseigneur Desmond Tutu :

77 ans de combat et de prières, Prix Nobel de la Paix

27 novembre 2008

Marc Kichenapanaïdou nous dit ’dé ti mo’ sur Monseigneur Desmond Tutu, « cet homme de combat qu’il admire » comme Nelson Mandela. Il relate aussi les premières impressions des ’Noirs et Blancs, Métis et Indiens, fermiers, ouvriers, lettrés et illettrés, riches et pauvres” qui votaient ensemble pour la première fois après l’abolition de l’Apartheid. Un système qui a séparé le Noir du Blanc.

Monseigneur Desmond Tutu a toujours été auprès de Nelson Mandela pour crier contre l’injustice de son incarcération, contre l’Apartheid. Comme tant de femmes et tant d’hommes, il a été heureux, le 11 février 1990, lorsque Nelson Mandela a été libéré, après 27 ans de prison.

J’admire cet homme de combat

Monseigneur Desmond Tutu raconte : « C’était en avril 1994. Nous étions au bord de la catastrophe, à deux doigts de la guerre civile et un bain de sang menaçait de nous engloutir... Le parti, très puissant au Kwazulu, l’Inkhata boycottait les élections. On cherchait à déstabiliser, à intimider la communauté noire, à l’effaroucher pour la dissuader de voter... Les gens étaient venus en foule et ils avaient l’air totalement vulnérables. Il aurait suffi de deux ou trois tireurs armés de AK-47 pour déclencher la plus terrifiante hécatombe. Ça ne s’est pas produit. Les gens prenaient place dans ces longues files, des gens de toutes les races d’Afrique du Sud qui avaient si longtemps connu la séparation et l’Apartheid - Noirs et Blancs, Métis et Indiens, fermiers, ouvriers, lettrés et illettrés, riches et pauvres -, ils prenaient place dans ces files et les écailles tombaient de leurs yeux. Les Sud-africains faisaient une découverte sismique : eh, nous sommes tous des Sud-africains, nous sommes des compatriotes ». En ressortant de l’isoloir, les gens étaient des personnes totalement différente de celles qu’ils étaient en y entrant.

« Eh, je suis libre ! »

Le Noir y entrait accablé par l’angoisse de sa dignité foulée aux pieds et d’avoir été traité comme un non humain ; puis il votait et disait : « eh, je suis libre, on m’a rendu ma dignité, on a reconnu mon humanité. Je suis libre ! ». Il en ressortait une personne changée, transformée, transfigurée. Le Blanc entrait dans l’isoloir accablé par le poids de la culpabilité d’avoir injustement joui de nombreux privilèges ; il votait, et quand il ressortait, il était une nouvelle personne : « eh, je suis libre, on m’a délesté d’un poids. Je suis libre ! ». Il en ressortait une personne nouvelle, différente, transformée, transfigurée. Bien des Blancs ont confessé avoir eux aussi voté pour la première fois - pour la première fois en tant qu’être humain vraiment libre. Ils saisissaient désormais ce que nous nous efforcions de leur annoncer depuis si longtemps, « que la liberté est indivisible, qu’ils ne seraient jamais libres tant que nous ne le serions pas ».

« Côtoyer notre prochain qui n’a pas la même vision de la vie que nous »

Martin Luther King avait crié dans un discours qui a fait le tour du monde "J’ai fait un rêve". Près de 50 ans après, Monseigneur Desmond Tutu intitule son dernier livre “Dieu fait un rêve”.
Pour l’ancien Archevêque d’Afrique du Sud, la construction d’un monde meilleur ne peut venir que de la collaboration de Dieu et des hommes. C’est une sorte de lettre ouverte que le Prix Nobel de la Paix 1984 adresse aux croyants, bien sûr, mais aussi aux autres. Pour leur transmettre sa plus profonde conviction, tirée de sa propre expérience et de son combat contre l’Apartheid, « oui, le monde va mal, mais le désespoir n’est pas de mise car l’emprise du mal peut toujours être vaincue ». Le ton est presque celui de la confidence, avec cette force de conviction et cet humour qui caractérisent le prélat sud-africain. Un souffle d’air frais dans ces temps de crise et de remise en cause.
C’est un livre à lire. Cela remet en cause notre conception écrite de l’Homme. A la veille de la prise de pouvoir de la Maison Blanche des Etats-Unis d’Amérique par un Métis, cela demande à chacun d’entre nous de revoir notre façon de vivre, de côtoyer notre prochain qui n’a pas la même vision de la vie que nous.

Marc Kichenapanaïdou


Monseigneur Desmond Tutu, 77 ans de combat et de prières

7 octobre 1931 : Naissance à Klerksdorp (Afrique du Sud)
1954 : Commence à enseigner à Johannesburg ; démissionne trois ans plus tard pour protester contre la mauvaise qualité de l’enseignement aux Noirs
1961 : Ordonné prêtre de l’Eglise anglicane
1976 : Nommé évêque de Lesotho
1978 : Devient le premier secrétaire général noir du Conseil œcuménique sud-africain
1984 : Prix Nobel de la Paix
1986 : Archevêque du Cap. Organise des manifestations contre l’Apartheid
1995 : Nommé président de la Commission de la vérité et de la réconciliation créée par Nelson Mandela

(Source : “La Vie”)


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