Laïcité : fondement de l’école publique

’À l’école, nous sommes tous laïques’

26 août 2006

Pour éviter tout risque de dérive communautariste au sein des établissements scolaires pouvant entraîner des comportements discriminatoires, la loi du 15 mars 2004 a permis de réaffirmer le principe constitutionnel de laïcité. Un principe qui ’repose sur le respect de la liberté de conscience et sur l’affirmation de valeurs communes qui fondent l’unité nationale par-delà les appartenances religieuses’.

La loi a ainsi établi que "dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou de tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit".
Daniel Payet, Proviseur du lycée Lislet-Geoffroy à Saint-Denis et membre de la Cellule de suivi de l’application de la loi sur la laïcité, rappelle l’objet de cette cellule qui jusque-là n’a jamais eu à intervenir.

"Application souple et intelligente de la loi"

Cette cellule de suivi a été mise en place en 2004 "pour venir en aide aux chefs d’établissements - pas les suppléer -, apporter des conseils aux collègues confrontés à des problèmes liés à l’application de la loi sur la laïcité". Elle s’est réunie pour mettre en place un protocole de réflexion en cas de problèmes majeurs dans l’application, réaffirmant les primautés de la pédagogie, de l’écoute, du dialogue et du discernement. À l’époque, les incidents recensés dans 2 établissements de l’île ont pu trouver une issue sans l’intervention de la cellule.
"Le principal problème était lié au voile et à la difficulté pour les chefs d’établissements d’apprécier le caractère ostensible d’une tenue. Dans cette situation, le plus délicat n’est pas ce qui est ostensible mais religieux, explique Daniel Payet. Le bandana, qui n’est plus autant porté aujourd’hui, est ostensible mais pas religieux alors que le voile n’est pas ostensible, mais a un caractère religieux". La circulaire Fillon (voir encadré), en rappelant le caractère traditionnel de certaines tenues religieuses, a, selon le proviseur, "aidé à une application souple et intelligente de la loi". L’application du texte a pu se faire sans difficulté.

"On n’a pas à enseigner la laïcité"

"Dans mon établissement, pour des raisons d’hygiène, les professeurs d’EPS ont demandé de ne pas porter le voile ou autres, par rapport à la sueur. De même, pour des raisons de sécurité, il a été interdit dans les laboratoires de sciences physiques et de chimie à cause des vapeurs de produits. L’application s’est ainsi faite sans déclencher aucun incident".
Et Daniel Payet de rappeler que la situation de l’Académie de La Réunion est initialement différente de celles de Métropole. "La loi a été instaurée suite aux refus de suivre certains enseignements, de reconnaître certaines théories scientifiques ou encore au refus d’être confrontées à des enseignants masculins", des cas que l’on ne rencontre pas à La Réunion. Dans son établissement, le Proviseur n’a jamais été confronté à des formes de prosélytisme de la part des jeunes qui portent le voile ou autres foulards. Daniel Payet réaffirme que "la laïcité est pareille pour tous" et précise qu’"à l’école, nous sommes tous laïques. La religion est du domaine de la sphère privée. On n’a pas à enseigner la laïcité, elle est au cœur de tout, se confond avec les valeurs de la République".

Stéphanie Longeras
[email protected]


- Circulaire Fillon

La laïcité connaît la tolérance

Les parlementaires de La Réunion se sont fermement opposés à l’interdiction du port du voile islamique dans les établissements publics de l’île. Faisant valoir que le foulard porté par les filles de confession musulmane n’avait jamais fait l’objet d’actes de prosélytisme, ni donné lieu à aucun incident et que cette pratique était ancrée dans les mœurs, ils ont réclamé une dérogation aux dispositions figurant dans le projet de loi afin de préserver l’harmonie inter-religieuse et la paix sociale de La Réunion.
La circulaire Fillon a ainsi permis de prendre en compte, implicitement, cette spécificité réunionnaise. Elle précise que ne sont pas interdits "accessoires et tenues qui, même s’ils peuvent être portés dans certains cas pour des motifs d’ordre religieux, sont aussi portés communément en dehors de toute signification religieuse".
Comme la Députée Huguette Bello en avait fait la demande à l’Assemblée nationale, les jeunes filles de confession musulmane ont ainsi pu, sans ostentation, porter leur foulard à l’école. Gage que, tout en sauvegardant ses principes, la laïcité a su manifester de la tolérance.

S. L.


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Témoignages - 82e année


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