Décolonisation, Intégration :

À l’heure du bilan : ni simplisme, ni rigidité

25 octobre 2006

Sous la présidence d’Albert Ramassamy, témoin des transformations de 1946 et des conflits qui ont suivi, les participants au colloque ont entamé un débat passionné autour des interventions de l’historien Yvan Combeau, de Nivoelisoa Galibert, professeur de litterature à l’Université et de Gilles Gauvin, professeur d’histoire.

Il est dommage que les lycéens de Jean Hinglo, venus écouter les interventions sur le thème de “La Réunion dans la République française” ne soient pas restés assez longtemps pour suivre les débats.
L’autre témoin, le sénateur Albert Ramassamy - témoin d’époque celui-là - a fait rire la salle en racontant qu’il avait vécu le vote de la loi de 1946 comme certains voyageurs des nuages passent en Concorde le « mur du son », percevant la singularité de l’expérience à l’émotion de ceux qui leur en font le récit !
Yvan Combeau a axé son intervention sur les éléments politiques qui permettent de comprendre le contexte national et international - notamment le caractère central et la force du PCF, dont le mot d’ordre de l’époque est « Nous continuons la France ». Le débat sur l’intégration des colonies dans l’ensemble national a ses supporters et ses détracteurs. « La loi conjugue l’intégration et le changement » note Yvan Combeau en rappelant que les trois points à la base de la loi sont alors « assimilation, intégration et justice sociale ».
Parmi les détracteurs de la loi du 19 mars 1946, les écrivains coloniaux Marius-Ary Leblond ont toujours refusé la transformation statutaire de leur île, qu’ils situaient à égalité avec la “métropole”, comme l’a exposé Nivoelisoa Galibert, professeur de littérature française à Antsiranana (Diego Suarez). Une pensée coloniale, raciale et le refus du métissage sont à la base d’une production « protéiforme » devenue « une curiosité littéraire », ni grande œuvre reprise en édition populaire ni œuvre rare pour bibliophile.
Gilles Gauvin, par ailleurs membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage, continue d’exploiter un “fonds Debré” à la fascination duquel il semble avoir du mal à se soustraire. « L’affrontement entre Michel Debré et le PCR » était ainsi au centre d’une lecture très bipolaire d’enjeux économiques et géostratégiques tels que le rôle de La Réunion dans l’océan Indien pendant la Guerre froide ou son intégration à la Communauté européenne.
Le débat engagé ensuite avec la salle a fait apparaître des positionnements moins tranchés, moins “simplistes”. Élie Hoarau, secrétaire général du PCR est intervenu pour « récuser le positionnement de son parti là où Gilles Gauvin l’a situé », c’est-à-dire dans une caricature stalinienne opposée à une vision debréenne de La Réunion, que plusieurs participants dans la salle ont jugée au demeurant « peu visionnaire ». Les questions de la salle ont aussi porté sur la « continuité » suggérée par le professeur d’Histoire, entre La Réunion vue par Michel Debré dans la Guerre froide et celle de Paul Vergès aujourd’hui. Mêmes questionnements dubitatifs sur le schéma d’intégration de La Réunion à l’Europe du temps de la CEE et aujourd’hui en qualité de RUP. Quel rapport ? Quelle continuité ? s’est demandée la salle, en rejetant, comme l’avait fait la veille Jean-Louis Lagourgue, une utilisation bipolaire et non distanciée des « affrontements frontaux d’autrefois ».

P. David


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus