“39”, un spectacle...

... à la croisée du servis kabaré, de la pièce de théâtre et du concert

7 mars 2007

Florian Goetz est un “zorey péï” ! C’est lui qui le dit. Il est l’auteur et metteur en scène de “39”. Un drôle de numéro ! “39” est un des articles du Code noir. Il donne à l’esclave une identité « voulant que les esclaves soient réputés meubles et comme tel qu’ils entrent dans la communauté ». Un acte méprisant et dégradant à l’égard d’hommes, de femmes et d’enfants venus des terres africaines.

Ce spectacle a une histoire, que Florian Goetz tient à nous détailler. Léone Louis l’invite à un servis kabaré et lui présente la chanteuse Christine Salem de “Salem tradition”. Le déclic pour l’écriture de “39” en 5 mois avec, dans ses oreilles, les mélodies maloya de Christine Salem. Nadège Narsou, une des choristes de l’artiste, s’est engagée dans l’aventure. Toutes deux sont nées dans des quartiers de Saint-Denis, une aux Camélias et l’autre au Chaudron. Des Kafrine de la capitale !

Christine Salem et Nadège Narsou

Elles ont lu le scénario. L’inspiration venue, elles ont composé des airs pour “39”. Cette création est un long questionnement sur les conséquences de « la violence gratuite ou mal post-esclavagiste ». « Nous sommes toujours dans “l’onde de choc du crime esclavagiste ». Le grand nombre d’actes de violence gratuite, de viols, de suicides et de dépression à La Réunion témoigne d’un peuple en souffrance. Pour nous, Réunionnais, il est encore difficile d’appréhender les conséquences de ce passé si violent.

Souffrances du passé ?

Pour Florian Goetz, « les générations précédentes nous ont légué des comportements conditionnés par le mépris ; aujourd’hui, la prison, la justice, l’action sociale, l’hôpital ne suffisent plus à nous débarrasser de cet héritage violent et de sa conséquence directe : la souffrance ». Il se garde de généraliser ce qu’il dit tout haut.

Il voit en le théâtre « un lieu où l’on prend le temps de ressentir comment cette violence se manifeste en nous et alimente notre souffrance. “39” est la dernière nuit d’une histoire d’amitié : Séverine et Nathalie voient leur relation dégénérer et se finir par un crime. Le spectacle focalise l’attention sur les derniers moments précédant le meurtre et décrypte ce qui se passe quand on tue quelqu’un pour pas grand-chose. Le théât-kabaré “39” nous emmène au cœur du mépris et pose la question de la violence supposée gratuite ».

Expliquez “39” est assez complexe. Voir ce spectacle est la meilleure façon de la comprendre.

J-.F. N.


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