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Noëline Arzeux : Une militante, une femme courage !
6 janvier 2009

Elle est née le 18 novembre 1898. Elle aurait eu 100 ans cette année. Elle a un frère, Henry, et trois sœurs, Alice, Anna et Anne, les jumelles. Par ses parents, elle appartient au monde des travailleurs du sucre. Arrivés en nombre dans la deuxième moitié du 19ème siècle, les engagés indiens, appelés Malbars (1) à La Réunion, cohabitent avec les affranchis sur les grands domaines sucriers. Ça, c’est du côté de son père. Sa mère est métisse malgache et telinga (Inde). Pour tous, les conditions de travail et de vie sur les champs de cannes sont très difficiles...
Pas de dimanche ! Le dimanche, c’était pour la corvée... On devait nettoyer la cour du propriétaire ou son parc à bœufs ou s’occuper de son jardin et planter des fleurs...
Noëline a le malheur de perdre son père, chef de chantier, quelques mois après sa naissance. Recueillie, ainsi que son frère et ses sœurs, par ses grands-parents usés par le travail et la vie sur le domaine sucrier, elle apprend très tôt à survivre dans la misère du calbanon. Baptisée dans la religion catholique, comme tous les enfants qui naissent sur les domaines sucriers, elle baigne aussi dans le monde des rites hindouistes que les propriétaires sucriers appellent la religion “malbar”. Noëline aide ses grands-parents au calbanon, elle participe aux corvées, fait le ménage, apprend la cuisine, le repassage et fréquente ponctuellement l’école.
Adolescente, elle quitte le monde des champs pour le monde de la ville. Elle entre au service d’une Dionysienne et découvre un autre univers ; elle est fascinée par le train et par la gare qui draine, dès les premières heures du matin, les travailleurs, artisans, dockers partant vers le Port par le train de 5 heures. Dès l’aube, les artisans sont au travail, les outils des charrons, des chaudronniers, des forgerons, des ferblantiers, aujourd’hui disparus, font bruire les rues de la ville.
Noëline a 20 ans lorsque la terrible épidémie de grippe espagnole, la “peste”, frappe durement La Réunion, causant une véritable hécatombe dans la population et semant l’effroi parmi les survivants. Noëline regarde avec horreur la grande charrette qui passe dans les rues, le matin, pour recueillir les cadavres, enterrés dans d’énormes tranchées creusées au cimetière de l’Est et l’homme qui, armé d’un bâton, repousse les cochons qui viennent fouailler au milieu des corps entassés... Elle prie Jésus, Marie, mais aussi Mariammen, et quand, après des fortes pluies, la maladie disparaît, elle remercie la vierge Marie et... Mariammen.
En 1921, Noëline Arzeux épouse Emilien Moukouta. Le couple s’installe au Guillaume dans une case concédée par un grand propriétaire sucrier. Dans la case, au toit de paille et aux murs en torchis, au sol de terre battu lissé et poli à l’aide de bouse de vache, animal sacré de l’hindouisme, les conditions de vies sont dures pour les époux. Levé dès 3 heures du matin, Emilien descend à pied avec ses compagnons jusqu’à Saint-Paul afin de prendre le train qui le conduit jusqu’au Port, où il travaille comme docker. Il rentre tard et fatigué. Un soir, son époux ne rentre pas...
Une militante passionnée
Grande, solide physiquement et moralement, volontaire, Noëline a du caractère, beaucoup de caractère ; elle a l’esprit vif et la répartie facile. Elle quitte le Guillaume pour Saint-Denis, à la recherche d’un nouveau gagne-pain. Elle travaille dans une famille de fonctionnaires puis chez un médecin où elle reste de nombreuses années.
En 1971, à l’âge de 73 ans, elle décide de vivre dans le bidonville du Cœur-Saignant, au Port, par fidélité à ses convictions politiques. Ce n’est qu’en fin de vie qu’elle accepte de partir en maison de retraite, à Saint-Paul. Noëline aime la vie. Elle apprécie les fêtes passées en famille chez sa petite nièce, Héliette Fontaine, petite fille de son frère Henry. Elle aime être coquette, perchée sur ses hauts talons, malgré le grand âge, elle est toujours soigneusement coiffée, poudrée et parfumée. Elle aime beaucoup le “sambon”.
Elle s’éteint à l’hôpital de Saint-Paul le 5 décembre 1994 à l’âge de 96 ans. La veillée funéraire est organisée par la famille de sa petite nièce à Grand Fond.
Dieu reconnaîtra les siens
Partant du principe que deux précautions valent mieux qu’une, à ces garanties données par la religion “malbar”, elle ajoute celles de la religion catholique. Elle fait régulièrement dire des messes pour les âmes du purgatoire, persuadée que ces dernières, lors des rêves prémonitoires, viennent l’avertir des dangers qui la menacent. Si cette double pratique de religions très différentes dans leur essence et leur rituel pose problème à leur hiérarchie réciproque, la question n’est pas d’actualité pour Noëline, car à ses yeux, il n’y a qu’un seul Dieu. Aujourd’hui, Noëline repose en paix au cimetière de l’Etang Saint-Paul.
Marc Kichenapanaïdou,
Extrait du texte de Frédéric Mocadel
(1) Les “Malbars” de La Réunion ont été embarqués à la côte Malabar avec le cachet de leur embarquement. Voilà pourquoi on les a appelés « malabar », alors qu’en réalité, la grande majorité vient de l’Etat Tamil Nadu, ce sont des Tamouls.
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