La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Exposition sur les animaux disparus de La Réunion
15 novembre 2006

Pléthorique hier, rare aujourd’hui, l’appauvrissement de la faune dans l’île inquiète. Depuis hier, le Muséum d’histoire naturelle propose une exposition sur les animaux disparus de La Réunion. Un cycle de conférences données par Cécile Mourer-Chauviré les évoquera afin de mieux comprendre l’évolution des espèces animales en milieu insulaire. Au final, le but est de protéger les espèces endémiques qui subsistent.
Difficile aujourd’hui d’imaginer une Ile de La Réunion grouillant d’animaux, reptiles et autres chauves-souris. Ce fut pourtant le cas avant l’arrivée des hommes, puis des rats, des chats... En fait, des mammifères.
Au total, ce sont 3 espèces de chauve-souris, 22 espèces d’oiseaux, 3 espèces de reptiles qui ont disparu à jamais. Pour expliquer le phénomène et sensibiliser le grand public, le Muséum d’histoire naturelle organise une exposition à partir de mardi 14 novembre. Des carapaces des tortues, des reconstitutions d’oiseaux éléphants de Madagascar ou encore de dodos seront exposées au premier étage du musée. Car, avant l’arrivée des hommes, la faune était abondante et variée dans l’île. En 200 ans, la présence humaine a décimé la plupart des espèces animales présentes initialement. Les tortues furent mangées, les oiseaux chassés. Pire encore, avec l’Homme arriva le rat dont sont infestées les cales des bateaux... Rongeur carnivore qui s’est rapidement attaqué aux œufs et aux oiseaux eux-mêmes, il présente toujours un danger réel. Pour le combattre, des chats furent introduits, mais ils ne mangèrent pas que des rats, de nombreux oiseaux y passèrent aussi. Car sur les îles, les espèces animales évoluent de manière particulière. L’absence de prédateurs et de compétiteurs dans les premiers moments de leur évolution entraîne notamment un changement de taille et une démographie ralentie. Ce qui les rend plus vulnérables et peu craintifs. « Toute cette île est emplie d’une infinité de gibiers dont je décris partie. Les oiseaux d’une quantité d’espèces y sont en grand nombre et si familiers quand on les prend à la main. Ainsi, on n’a point besoin de fusil, poudre, ni plomb pour aller les chasser », explique Dubois dans un témoignage de 1672. C’est sur ses écrits que se basent de nombreuses pistes de recherches.
L’Homme : le plus grand prédateur
Mais aujourd’hui, les espèces endémiques présentes à La Réunion sont toutes de petite taille et menacées. Principal prédateur : l’Homme qui chasse notamment le papangue en l’accusant d’être un voleur de poules. Il n’en reste plus que 150 couples. Le tuit-tuit est un des oiseaux les plus menacés au monde. Le rat qui mange les œufs, le chat qui s’attaque directement aux oiseaux, mais aussi les furets présentent aujourd’hui un risque majeur pour la biodiversité. Les chats, comme les furets, sont relâchés dans les hauts par des propriétaires lassés de leur présence et ils redeviennent sauvages très facilement. Et comme il s’agit d’animaux domestiques, il est impossible d’engager une action telle qu’on la pratique pour les rats. La seule solution est de ne pas relâcher son animal domestique dans la nature mais de le laisser à la SPA si on ne peut plus s’en occuper. La prise de conscience est urgente pour la survie de nombreuses espèces.
Espèces introduites et dangereuses
Parallèlement aux disparitions, d’autres espèces d’oiseaux ont été introduites, comme les béliers, martins ou encore bul bul orphée. Et là, le problème se répète : très compétitif, le bul bul orphée risque d’éliminer d’autres types d’oiseaux. Parmi les espèces d’oiseaux, certaines existent toujours, mais ne viennent plus à La Réunion. C’est le cas par exemple du flamand rose qui était souvent décrit comme courant à l’étang du Gol mais qui, aujourd’hui, ne se rend plus dans l’île. D’autres espèces comme le solitaire, la huppe ou le perroquet mascarin se sont complètement éteintes. C’est aussi le cas du hibou ou du faucon dont des restes ont été retrouvés. En revanche, pour l’équipe de Cécile Mourer-Chauviré, il n’y a jamais eu de dodo à La Réunion. Des ossements d’ibis ont été retrouvés en nombre, et les descriptions des voyageurs ne correspondent pas à celles de dodos. Désolé pour la légende... Par ailleurs, les tortues de terre péï, autrefois principale sources de viande, n’existent plus aujourd’hui. Celles importées et qui se multiplient dans les ravines de l’Ouest sont carnivores et présentent un réel danger pour la faune aquatique.
Pour expliquer ce phénomène, le Muséum d’histoire naturelle organise 3 conférences données par Cécile Mourer-Chauviré, Paléontologue, spécialiste des avifaunes des gisements quaternaires et tertiaires. Entre 1987 et 2000, elle a participé activement à la recherche de la faune disparue de La Réunion. L’exposition du muséum est le fruit de son travail et de celui de son équipe. Un travail de fourmi mais précieux d’enseignements sur la richesse passée de la biodiversité péï.
L’Hermitage : un cimetière de tortues ?
Les premiers ossements de la faune disparue de La Réunion ont été découverts en 1854 par Maillard au Cap la Houssaye. En 1974, Bertrand Kervazo et Graham Cowles virent à La Réunion pour faire des recherches et découvrirent des ossements de tortues dans des grottes aux environs de Saint-Paul. Mais c’est en 1980 que commença une série de fouilles dont les résultats restèrent modestes jusqu’à ce que soit découvert le site de l’Hermitage en octobre 1989. Situé à la base d’un terrain marécageux, il s’agit d’un véritable gisement. Sur une surface de 100 mètres carrés, environ 600 individus ont été retrouvés. Les vestiges les plus vieux ont moins de 2.000 ans. La ravine de l’Hermitage laisse supposer que celle-ci est, au moins en partie, responsable de la concentration des restes de tortues à cet endroit. Drainés par les pluies, les cadavres arrivent là. Ce véritable “cimetière” à tortues avait été découvert lors des travaux de construction du Jardin d’Eden situé juste à côté.
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