Exposition à la galerie Gounod

À la rencontre de nos mémoires

12 août 2006

En entrant dans la galerie de la rue Gounod, on a l’impression de découvrir des pièces maîtresses en archéologie. Sylvie Mondon Lafargue vous invite tout simplement à un fabuleux voyage dans le temps, sur les continents, à la rencontre de l’essentiel du patrimoine universel et de la mémoire humaine.

Par un syllabaire sans âge, l’artiste métisse les civilisations, et ravive notre mémoire commune. Une mémoire "transformée au fil du temps et des hommes qui passent ?", s’interroge l’artiste. Sylvie Mondon Lafargue prône, avec poésie, la rencontre entre civilisations. Peut-être est-ce un appel à retourner aux sources ? Peut-être est-ce juste un regard sur le monde ? L’artiste se garde bien des interprétations, elle préfère l’essentiel. Dans son travail, les écritures s’entremêlent, s’effacent, se réécrivent, pour dégager le sens premier, gravé à même le plâtre, pourtant comme sur des tablettes "sacrées". Le plâtre, brut, mat, sans brillance, devient un support de choix pour ses écritures de l’Outre-Temps, dans une calligraphie précieuse, presque archéologique. "On a un patrimoine universel à transmettre et à protéger. Je voudrais que l’essentiel soit préservé pour être transmis", explique S. Mondon Lafargue. Alors, même sans lire, parfaitement ignare du sanskrit, de l’arabe, de l’hébreu, l’essentiel nous parvient enfin, et à chacun sa question. "D’où es-tu ?". Des lambrequins en dentelle sur l’œuvre “Me’ayin’atah” nous apostrophent cependant sur l’originalité de notre terre de réunion des peuples, des us et des langues. Regrettera-t-on cependant l’absence d’un petit mot créole dans ce majestueux glossaire de l’humanité ?

Jusqu’au 31 août

Sylvie Mondon Lafargue nous vient du Sud de l’île. C’est là qu’elle pratique sa première passion, la danse classique et contemporaine. C’est peut-être de là qu’émane son amour de la forme, de l’harmonie, nourrie par l’effort et à la rigueur, l’intelligence et la mémoire du corps aussi. Après avoir vécu aux États-Unis et à Hong Kong, maîtrisant plusieurs langues étrangères, et travaillant dans le commerce international, elle revient sur sa terre natale en 1997. Sa recherche intérieure la conduit aux arts plastiques, la sculpture. C’est sa deuxième exposition. La galerie Gounod ne perd pas en prestance, et accueille l’artiste jusqu’au 31 août prochain. Les cloisons rouges et blanches portent merveilleusement bien les œuvres de l’artiste réunionnaise. Vous cheminerez sur ce plancher craquant à la rencontre des mondes, et de vos mémoires. Peut-être est-ce aussi une invitation à l’entente, au nom des racines communes, à l’heure où les bombes pleuvent au Moyen-Orient ? L’histoire n’est qu’une superposition de lettres nobles, ambrés par le cours du temps.

Willy Técher


Textes de Sylvie Mondon Lafargue

Mémoire et palimpseste

Évanescente mémoire surgie de l’esprit,
Tu t’inscris enfin,
Cicatrices de temps mêlés dont l’harmonie s’écrit
Dans un alphabet sans âge. Empreintes et arabesques se métissent pêle-mêle
Et tissent la trame d’un héritage commun.
Volutes sans début ni fin
Et profondeurs désordonnées
Sont gravées dans la clarté parfaite du blanc.
Blancheur d’une mémoire pure,
Représentation fidèle d’un passé lointain ?
Mémoire blanche aux sept couleurs,
Transformée au fil du temps et des hommes qui passent ?
Sur la surface parcheminée les caractères se détachent, révélant des passés et autant d’avenir,
Taisant leur origine tout en la divulguant.

Qu’elle soit jeu de construction ou œuvre de destruction,
Cette hésitation immanente
Entre authenticité et falsification
Jamais n’effleure le mensonge. Car à travers cette apparence où s’imposent les doutes,
L’être se pose.
Que de confidences et de récits fragmentés sur ces parchemins vénérables
Que la multiplicité des impressions érige en palimpseste.
Palimpseste...

Mot barbare à la sonorité agressive,
tes syllabes noires et funestes m’ont longtemps laissée transie.
Aux maux gommés se substituent des baumes,
Les formules et les secrets circulent dans les méandres de tes écritures.
La matière, retenant chaque strate, se fait pesante.

Inéluctable palimpseste
Dont le poids et signifiant ralentissent mon cheminement tout en conditionnant mes victoires.
Ainsi, lourd et sournois, dans mon corps même,
Palimpseste, tu t’es insinué.
Tu hantes ma chair, masques ma face,
Efface la réalité de mon être
C’est alors qu’en me mettant à nu, je te révèle.

Mention portée par l’auteur : "En hommage à mon père, Alain"


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?

Messages

  • Je me rappelle très bien de Sylvie Mondon, la jeune et belle demoiselle de Trois-Mares. Elle était au lycée Roland Garros et c’est là que je l’ai connue. Admirable parcours !


Témoignages - 82e année


+ Lus