Culture et identité

À nos kalbanon en ruine !

Journées européennes du patrimoine

Témoignages.re / 18 septembre 2006

Venez à la découverte du patrimoine agricole, nous dit-on. Venez comprendre la fabrication du sucre et des alcools péi. L’histoire, narrée par nos gramoun, nous invite à connaître également la vie des journaliers agricoles, des petits colons, qui ont connu le kalbanon. "In park koshon", me disait un jour mon grand-père.

Certains kalbanon ont tout simplement été rasés. On roule sur des kalbanons. On efface plus facilement les erreurs du passé en défaisant les murs, ou en les laissant se gommer par le fil du temps. Que dire de ses lieux de vie réunionnais, lieux de rencontre, lieux d’histoire ? Savez-vous au moins ce qu’est un kalbanon ? Petit point lexical ! Kalbanon, du français dialectal cabanot pour certains, ou issu du mot tamoul désignant le lieu d’habitation du prêtre dans certains lieux de culte tamoul, est un baraquement où vivaient les engagés, mais pas seulement. Bien après les engagés, nous sommes dans les années 1950-1980, des salariés agricoles qui travaillaient pour les grandes familles, propriétés d’une grande partie des terres de l’île, ont connu cette misère.
Selon une définition datant de 1877, les Kalbanon "sont de grands bâtiments généralement en pierre, recouverts en tuiles ou de bardeaux et divisés de façon à pouvoir loger convenablement les travailleurs". Ce n’était sûrement pas le quatre étoiles colonial ! dirons-nous même, c’était une construction misérable, où s’entassaient de nombreuses familles réunionnaises. On peut encore retrouver des kalbanon sur quelques anciennes propriétés sucrières, à Saint-Louis au Gol, à Saint-Benoît à la Rivière des roches. Et, peut-on avancer, des relevés archéologiques préciseraient leur emplacement exact, sur toute l’île. Peut-on envisager la création d’une carte, répertoriant les kalbanon de l’île de La Réunion ? Comment sera programmée la réhabilitation de ses lieux de mémoire ?

L’heure de la réhabilitation

Une expérience tentée par des stagiaires saint-louisiens de l’AREP en 2003 montre toute la difficulté à réhabiliter les kalbanon. Certes, leur action était restée sommaire, mais novatrice. Des jeunes prenaient conscience du poids historique de leurs aïeux, et souhaitaient mettre en valeur d’anciens cadres de vie, comme pour renouer avec l’histoire perdue. Le formateur qui était alors en charge de ce stage expliquait toute la difficulté de communiquer sur la bienfaisance du projet. Ce sont les propriétaires du site qui refusent toute réhabilitation. Nous l’avions compris. Pourtant de nombreux descendants d’engagés émettaient l’idée d’honorer la mémoire des leurs. Rien n’y fera. Une petite exposition, et puis l’idée s’est envolée.
Comment donc soutenir ses initiatives, pour qu’elles arrivent à réalisation ? Nos kalbanon, doit-on le répéter, sont des lieux de mémoire, et nous devons les réhabiliter. Vont-ils devenir des maisons culturelles ? Pourquoi pas ? Le tourisme culturel est une voie si peu exploitée. Toute ville devrait s’occuper du potentiel de son patrimoine historique. Sont-ce des lieux de “honte” qui réveillent tant la mémoire réunionnaise pour ne pas s’atteler à leur réhabilitation ? Il serait pertinent d’engager une réflexion avec les autorités compétentes. "Oté, la DRAC kosa i fé ?", plaisanteront quelques-uns.
Tout le monde est concerné, du citoyen au politique. Quand on sait le sort réservé aux kalbanon des Camélias, sous le Boulevard Sud, on se demande ce que les quelques autres qui nous restent vont devenir, incessamment ? Pour le bien commun, certains se permettent de détruire des traces historiques du peuplement réunionnais. On fait alors une route, sans prospecter la richesse historique d’un quartier. Ne commettons plus l’impensable. Déjà, travaillons à les rénover, pour que nous renouions avec notre histoire, nos trésors patrimoniaux.

P. Julie