La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Une interview de Serge Breysse
7 mars 2007

Serge Breysse, pour des raisons de place, nous avons préféré mettre l’accent sur la question de la langue, tant ce point a été débattu au cours de la soutenance. Mais votre thèse est riche de nombreux autres aspects. Pourriez-vous nous en dire plus, par exemple, sur la relation entre fait littéraire et fait national en Afrique du Sud entre 1994 et 2004 ?
- Lorsque l’Afrique du Sud devient démocratique, disparaît la nécessité de l’engagement de tout un pan d’une littérature en lutte contre l’Apartheid. Un espace de liberté s’ouvre alors pour la fiction désormais libre de s’écarter du champ politique pour se tourner vers d’autres aspects de l’expérience humaine. C’est la nouvelle donne qui sert de ferment et de support à l’imaginaire littéraire de la décennie. La nouvelle littérature sud-africaine se diversifie et évolue avec la nouvelle nation. De ce point de vue, il y a une nette évolution entre les premières années où la fiction se tourne plutôt vers la recherche de nouvelles formes esthétiques ou la recherche de symboles ou de repères à travers l’Histoire, et les années suivantes où elle va dans le sens d’un réengagement social. Des questions identitaires inédites, par exemple, sont abordées qui sont inhérentes au nouveau prisme social. L’arrivée à l’âge adulte d’une génération (y compris d’une génération d’écrivains) qui n’a pas connu l’Apartheid marque une évolution sensible et ouvre de nouvelles thématiques.
Pourquoi avoir choisi Kwela ?
- D’abord parce que Kwela a été fondé en 1994, ce qui m’incitait à penser qu’il serait un bon révélateur de la littérature que la nouvelle Afrique du Sud pourrait proposer de nouveau. Ensuite, par la qualité des romans qu’il publiait. Mais aussi parce que j’y ai trouvé une équipe vraiment extraordinaire, dirigée alors par Annari van der Meerve, qui m’a non seulement ouvert les portes de sa maison d’édition, mais ouvert toutes sortes de perspectives ou d’axes de recherche, souvent très concrètement par des contacts dans les milieux littéraires sud-africains.
Ne peut-on pas regretter que Kwela ne publie pas des ouvrages dans des langues autres que l’anglais ou l’afrikaans ?
- Tout à fait. Kwela a publié dans 5 langues africaines jusqu’en 1999 où il décide de se recentrer sur ses publications en anglais et, à un moindre degré, en afrikaans.
La question de la sous-représentativité dans l’offre éditoriale de 9 des langues officielles du pays reste un réel problème qui dépasse le cadre de mon éditeur de référence. Les éditeurs ne publient pas (en tout cas très peu) dans les langues africaines parce que les livres se vendent très mal. Les auteurs hésitent à écrire dans ces langues parce qu’ils ne trouvent pas d’éditeurs. Les livres se vendent mal parce que l’offre est limitée. C’est une dynamique dont il est difficile de sortir pour l’instant, mais on peut espérer un renversement de tendance.
Quels sont les romans que vous nous conseilleriez particulièrement d’acheter chez Kwela ?
- “Bitter Fruit” d’Achmat Dangor est une incontestable réussite et aborde avec finesse les questions que la politique de réconciliation a laissées en suspens.
“David’s Story” de Zoë Wicomb est un pur chef d’œuvre tant au plan littéraire que pour l’intérêt des questions identitaires contemporaine qu’elle aborde en se référant à l’Histoire.
“The Quiet Violence of Dreams” de K. Sello Duiker peut quelquefois déconcerter, mais toujours intéresser, car il part du postulat que la folie est le seul recours pour comprendre un monde où tous les repères ont disparu.
“Dog eat Dog”, par Niq Mhlongo, qui est un jeune auteur et qui a réussi à trouver un ton nouveau en s’appuyant sur une distanciation railleuse et joyeuse.
Où trouver des ouvrages de Kwela ?
- Oh, c’est très simple, il faut se rendre sur le site Internet de cette maison d’édition à cette adresse : http://www.nb.co.za/Kwela/kSplash.asp
J’ai commandé plusieurs livres depuis La Réunion sans aucun problème.
Propos recueillis par Matthieu Damian
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