Culture et identité

Afrique et diasporas, découvertes et débats

Festival du film d’Afrique et des Îles

Témoignages.re / 8 octobre 2004

Chaque jour, les regards croisés des réalisateurs et producteurs présents au Port, physiquement ou en images, apportent un souffle différent, des couleurs et l’amorce de débats qui vont se poursuivre aujourd’hui et demain.

Mercredi, ceux qui sont allés au Casino du Port, à 18 h 15, ont pu découvrir le film terrible que Jonathan Demme a dédié à Haïti, “The Agronomist”. Ce réalisateur américain a tourné plus d’une vingtaine de films depuis 1975, dont “Last embrace” (Meurtres en cascade, 1979), “Something wild” (Dangereuse sous tous rapports, 1986), “Married to the Mob” (Veuve mais pas trop, 1988), “The silence of the lambs” (Le silence des agneaux, 1991), “Storefront Hitchcock” (1998) ou encore “The truth about Charlie” (La vérité sur Charlie, 2002).
“The Agronomist” a été tourné en 2003 et raconte le retour dans son pays d’un journaliste haïtien, après quatre ans d’exil à New York, quatre ans de lutte pour les droits humains et la liberté d’expression. Le récit de son retour compose en filigrane une critique implacable de l’ingérence nord-américaine dans cette île des Caraïbes.
Haïti était encore sur les écrans avec le court-métrage de Michelange Quay, “L’Évangile du cochon créole”, pamphlet allégorique décrivant le massacre des cochons créoles (atteints d’une épidémie) en suggérant, par le biais des pratiques humaines et spéculatives auxquelles donnaient lieu ces paisibles et soyeux mammifères, une affinité de situation avec le peuple haïtien lui-même, colonisé, dépossédé de son destin et finalement poussé au bord du gouffre.
“A.B.C Africa”, de l’Iranien Abbas Kiarostami, a renoué avec l’Afrique, sans quitter le génocide, dans un film surprenant et qui a suscité un début de discussion dans le public. Le grand réalisateur iranien a produit dans son pays une vingtaine de films depuis 1980, dont les plus connus à l’étranger sont sans doute “Où est la maison de mon ami ?” (1987), “Au travers des oliviers” (1994) ou encore “Le goût de la cerise” (1997). En 2002, il a été nommé membre du jury des courts-métrages au 55ème Festival international du film, à Cannes.
Le long-métrage présenté mercredi soir a été tourné en 2001. C’était le premier contact du réalisateur avec l’Afrique, provoqué par la proposition d’un organisme international, l’IFAD (International fund for agricultural development), une agence spécialisée des Nations-Unies dont les missions sont de lutter contre la pauvreté des populations rurales et d’améliorer leur alimentation, en créant les conditions d’une épargne.

1,6 million d’orphelins en Ouganda

Devant la situation vécue par 1,6 million d’orphelins ougandais - dont les parents ont disparu soit dans la guerre civile soit surtout à cause du sida -, cet organisme a demandé au réalisateur iranien d’aller tourner un film sur place.
“ABC Africa” est le fruit de cette aventure et de l’écriture filmique si particulière du grand Iranien. Il accompagne les communautés de femmes qui ont adopté ces orphelins - on y voit une femme de 72 ans qui vit dans une petite maison avec 35 enfants ! - et se battent pour leur donner une vie décente.
Les “tontines” entre femmes et le soutien de l’IFAD ont permis à plusieurs dizaines de milliers d’enfants de renouer les fils de la vie malgré un contexte tragique. Surtout, le film donne la parole aux Ougandais sur la controverse ouverte par la position du Vatican, qui continue de combattre l’usage des préservatifs, seule protection contre la transmission pandémique du sida, au nom du refus du planning familial.
Le résultat est tragique et l’hyperréalisme de la caméra d’Abbas Kiarostami montre sans fard l’atrocité de la situation vécue par ce peuple de la région des grands lacs.
Le débat qu’il a suscité ensuite est né de divergences d’appréciation sur le regard porté sur les Africains et sur le rôle des ONG. Un débat malgré tout quelque peu biaisé par rapport au propos du film. Mais il y a fort à parier que le débat va se poursuivre, alimenté chaque jour d’arguments esthétiques, politiques et autres... Entre les films, le débat continue.

Pascale David


Ce soir, salle Roussin

Destins des Caraïbes

À 21 heures ce soir, Christian Grandman dédie ses films à tous ceux que lie une communauté de destin insulaire, tissé au fil d’histoires singulières écrites entre les peuples et leurs diasporas du continent.
Le jeune réalisateur d’origine guadeloupéenne (et non martiniquaise comme écrit hier par erreur... ou errance insulaire) présente un court-métrage, “Chaussée glissante”, co-réalisé avec Hugues Poulain, avec qui il partage depuis des années l’aventure d’une maison de production (Lardux film) fondée par une bande de copains qu’une brouille avec Canal + a jetés dans l’écriture cinématographique.
Le long-métrage qui suit raconte l’histoire d’une famille antillaise - qui, dans l’esprit du jeune réalisateur, pourrait être aussi bien réunionnaise ou calédonienne - construite, déconstruite et reconstruite au fil des conflits qui soudent la solidarité de ses membres, en inscrivant chaque histoire singulière dans une trame collective où chacun tient sa partition.
À voir, pour le regard singulier que peut porter sur un groupe humain insulaire un jeune écrivain qui se définit depuis l’enfance comme "un pur produit de l’intégration", voulue par ses parents et assumée comme telle.

P.D.


Courts et moyens métrages en compétition

Tous les après-midi, la médiathèque Benoîte-Boulard présente les courts-métrages en compétition, ou hors compétition, du festival.

vendredi 8 octobre

14 heures : Funeral, de Newton I. Aduaka - Angleterre/diasporas (20 min.).
14 h 30 : Raras, documentaire de Guillaume Pradère-Niquet (52 min.).
15 h 30 : Pandialé, de Laurence Pourchez - documentaire ethnographique sur La Réunion (52 min.).
16 h 30 : Les aventuriers du moyen-Ouest, de Daniel Bansard (26 min.).
17 h 15 : Freedom is a personnel journey, de la Sud-africaine Akiedah Mohamed - documentaire en anglais (sans sous-titres), en présence de la réalisatrice.

samedi 9 octobre

13 h 30 : Megaptera, les ailes de l’océan, de J-Manuel Prudhomme et F. Bouvier - documentaire de 52 min, en présence de J-M. Prudhomme.
14 h 30 : Africa-South Africa (HC), de Ntsahaweni Wa Luruli, en V.O.
A lion’s trail, de Francis Verster (Afrique du Sud), suivi d’autres films hors-compétition.

(HC) désigne les films hors-compétition.


Le premier film d’une jeune cinéaste africaine

Parmi les points forts de ce festival, il faut citer l’après-midi de samedi. De 14 h 30 à 17 h 30, le public est invité à une séance de films “présentés par leurs auteurs et/ou producteurs”, avec notamment le film (en français) de Katy Lena N’Diaye, née en 1968 à Dakar et installée très jeune en France avec ses parents. Elle vit et travaille à Bruxelles depuis une dizaine d’années.
“Traces et empreintes de femmes” est le premier film de cette jeune femme, journaliste professionnelle. Sa caméra a suivi patiemment la réalisation d’une fresque murale peinte à la main par des femmes du Burkina Faso, les mains et les pieds au travail dans une vieille habitation, les visages et les histoires de ces femmes... Les unes liées à la tradition, d’autres décidées à suivre leur propre route.
Le moyen-métrage de Kéty Lena N’Diaye colle aux personnages, adhère à leur rythme, à une vie quotidienne intemporelle, à la préparation des matériels, à l’attente que la pluie s’arrête...
“Traces et empreintes de femmes”, samedi de 14h30 à 17h30.