Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Résonnance réunionnaise
30 octobre 2008

Honneur à Césaire. Mardi soir, il était encore présent parmi nous. Et pour une fois, les étudiants sont venus nombreux dans la salle Canter, quand on vous dit que Césaire nous parle... que nous n’avons pas encore fini de lui prendre ce qui nous appartient. Nous n’avons pas tort.
La parole à Lambert Félix Prudent pour introduire la parole antillaise, l’enseignant-chercheur, sur le campus du Moufia, a introduit la représentation de “Une saison au Congo” que les étudiants de Lettres Modernes proposaient.
Vingt minutes, impossible pour évoquer la vie de l’homme, encore moins son œuvre. Tout juste l’occasion de faire partager l’amour qu’Aimé Césaire lui-même portait au texte, de dire combien il s’était épris de littérature, à quel point il a été un fou de littérature et de langue française.
Celui qui, dès son départ pour étudier en France, savait qu’il refuserait de servir d’administrateur colonial en Afrique, rencontre les intellectuels africains, ceux qui s’appellent “nègres”, ceux que l’on nomme « nègres ». Ceux avec qui il forgera le concept qui lui restera toujours insatisfaisant de “négritude”.
Dix minutes, à peine le temps d’évoquer les autres rencontres décisives avec le peintre cubain Wifredo Lam ou tel écrivain surréaliste, André Breton, qui dira de lui : « C’est un Noir qui sait manier la langue française comme il n’est pas un Blanc aujourd’hui pour la manier ».
« Je ne m’accommoderais pas de vous.
Accommodez-vous de moi »
La poésie de Césaire bouscule irrite, énerve. Elle est source de questionnements universitaires, notamment en ce qui concerne sa créolité. Il s’est trouvé une école pour défendre le fait que s’il parle aussi bien français, c’est parce qu’il avait rompu avec le créole, autrement dit, que le déni du créole seul avait pu lui permettre une telle ascension du français. Une autre école a pu encore dire que la poésie d’un Saint-John Perse, béké kréol guadeloupéen, contenait dans sa langue française plus de substrat créole que celle de Césaire, par l’évocation de sa nénène. Les fils parricides iront jusqu’à nier toute créolité à leur aîné. Prétendre cela serait sauter, au fil de la langue césairienne, sur toute l’évocation de la flore et de la faune martiniquaises, de toutes les maladies tropicales, parfois en latin dans le texte.
Une minute. Pas un silence. Une dernière invitation à ouvrir un livre et à lire. De la page à la scène, c’est ce qu’ont fait les étudiants de Lettres Modernes en jouant une version courte de “Une saison au Congo” (1966), en mêlant de la danse et des projections vidéos, la mise en scène de la tragédie de Patrice Lumumba, père de l’indépendance du Congo Belge, à l’époque de la reconquête belge du territoire congolais.
Francky Lauret
Livres mythiques
Le Grand et Le Petit
Malgré toutes les apparences, et le véritable succès rencontré par les soirées autour de Césaire au cours de cette Semaine Créole, il n’est pourtant pas facile dans le milieu culturel réunionnais de se prêter à ce genre d’hommage.
Il apparaîtra toujours pour certains qu’Aimé Césaire n’est pas kaf, ni créole réunionnais, que se prêter à le louer est un écueil à éviter, que nous devrions cesser de prêter attention aux activités domiennes, que les identités îliennes n’ont pas à être mises en concurrence ou que le mythe d’une communauté ultramarine est purement colonial. Qu’unir les univers créoles sous un même ministère, c’est unifier pour mieux diviser.
Ce discours naît avant tout d’une inquiétude défiant tout assimilationnisme, s’opposant à toute refonte ou intégration de nos identités dans une histoire nationale. Peut-être avons-nous davantage lu Aimé Césaire que les Antillais eux-mêmes, car nous-mêmes, que lisons-nous de nos écrivains les plus légendaires ? Parmi ceux qui ont lu “le cahier”, combien ont lu “Vali pour une reine morte”, pour ne citer que la première porte. Faut-il préciser l’auteur ? La date ?
Francky Lauret
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