Départementalisation, décolonisation :

Approches sémantiques et culturelles

25 octobre 2006

« Colonie(s), décolonisation... » Y a-t-il consensus sur ces termes dans les constructions historiques et dans les discours ? s’est demandée Françoise Vergès, en constatant ce qu’ont encore “d’invisible” dans le récit national les parcours de citoyenneté proposés par « les Nègres des colonies »... Geoffroy Géraud, à partir de repères culturels, a analysé les transformations de l’anticolonialisme de 1946 à nos jours.

Les deux derniers intervenants de l’après-midi d’hier n’étaient pas des historiens mais une « politiste » du Goldsmiths collège (Londres) et un doctorant en sciences politiques à l’université de Paris-Dauphine, qui ont questionné sous deux rapports différents le processus de décolonisation et les façons d’en rendre compte.

Une histoire d’égalité et d’intégration

Les travaux de Françoise Vergès tendent depuis plusieurs années à faire accepter que l’Histoire des territoires anciennement colonisés par la France et les processus de décolonisation conduits par leurs habitants soient pris en considération et intégrés à la construction de l’Histoire de France et non plus traités comme des continents ou sous-continents à part. Son intervention d’hier tendait à montrer comment sont posées les “frontières” - dans la langue et dans les concepts - qui servent à tenir à distance les processus historiques originaux de l’outre-mer et leurs emprunts à l’Histoire nationale ; comment par exemple la glorification des révolutions nées de la philosophie des Lumières laisse généralement dans l’ombre la révolution haïtienne.
À partir d’une réflexion sur l’histoire de « l’appropriation par l’esclave de la langue de l’autre » et sur les retournements linguistiques et symboliques qu’elle opère, la conférencière a décortiqué la façon dont les discours colonialistes ou néo-colonialistes dressent leurs bilans de la décolonisation : ce qui s’y dit et ne s’y dit pas. Cette réflexion sur la “territorialité” du langage, et donc des discours qui rendent compte des différentes histoires, marque selon Françoise Vergès « le point aveugle de la pensée politique française ». Son questionnement est aussi très contemporain, et très politique : il trace une « cartographie » de ce qui est qualifié et disqualifié dans les débats politiques actuels. Elle a pris l’exemple de la « repentance » mise en avant dans les contre-offensives aux efforts des anticolonialistes contemporains (1), et dénoncé « l’entreprise de délégitimisation des questions posées par des historiens ou politistes des colonies ».

“Les transitions post-communistes et post-coloniales”

Geoffroy Géraud est doctorant en science politique et poursuit un travail sur « les transitions post-communistes et post-coloniales ». Son intervention d’hier a montré comment des pratiques culturelles occultées ou niées pendant une grande partie de l’histoire coloniale, sont devenues « visibles » à partir de 1959, à la création d’un parti communiste anticolonialiste ; et comment les variations de cette visibilité permettent de rendre compte d’enjeux culturels en tant qu’« enjeux politiques centraux ». Son travail repose sur une lecture très fouillée de Témoignages, qui lui a permis de définir les voies par lesquelles se constitue « un capital symbolique propre au mouvement communiste (réunionnais - Ndlr) » et comment ce processus opère après 1981 « une pacification des enjeux politiques autour des enjeux culturels ».

P. David

(1) Pour en finir avec la repentance coloniale, Daniel Lefeuvre (Flammarion, 2006)


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus