Quand Paris et Washington firent de La Réunion un théâtre de la Guerre froide

Film sur l’antenne Oméga : l’histoire s’écrit avec le PCR

29 juin, par Manuel Marchal

Kapaly tourne actuellement un documentaire sur l’antenne Oméga. Une équipe conduite par William Kally était ce 25 juin, au siège du PCR pour interviewer Ary Yée Chong Tchi Kan, membre du secrétariat du PCR et déjà militant à l’époque de l’implantation de cette installation militaire américaine à La Réunion. Ary Yée Chong Tchi Kan revint également sur un événement lié à l’antenne Oméga et à la lutte pour Océan Indien zone de paix : la tentative d’assassinat visant Paul Vergès et Paul Béranger par des tueurs de la CIA.

Le tournage d’un documentaire sur la Tour Oméga vise à mieux faire connaître l’histoire de La Réunion aux jeunes générations, indique William Kally de Kapaly. Nombreux sont en effet les jeunes qui n’ont pas connu la Tour Oméga et tout ce que signifiait l’implantation à La Réunion de cette installation indispensable au fonctionnement de l’arsenal nucléaire US disséminés dans des sous-marins nucléaires et des bombardiers volant en permanence.
Kapaly a choisi d’interroger Ary Yée Chong Tchi Kan, membre du secrétariat du PCR et déjà militant à l’époque de l’implantation de cette installation militaire américaine à La Réunion. L’interview eut lieu ce 25 juin au siège du PCR au Port.
Elle permit de rappeler le contexte de la construction de cette installation au service des armes de destruction massives de Washington. Au lendemain de la grande victoire des communistes lors des élections législatives de 1956, à La Réunion, Paris envoya dans notre île un préfet chargé de couvrir l’organisation des fraudes électorales de grandes ampleurs pour empêcher la réélection des nombreux élus communistes. Cette fraude s’accompagnait d’opérations de répression par les forces de Paris pour que les fraudeurs puissent pratiquer leurs exactions sous la protection de l’État.
Le parachutage d’un ex-Premier ministre, Michel Debré, accentua la répression. Celui qui était un des plus proches collaborateurs de Charles De Gaulle devint le symbole du mépris à l’encontre du peuple réunionnais et de son maintien dans le sous-développement.

Lutte pour la démilitarisation de l’océan Indien

Durant la Guerre froide, l’armée des États-Unis avait besoin de 8 antennes pour quadriller la planète afin de communiquer avec ses vecteurs de bombes atomiques : sous-marins tapis dans les profondeurs et bombardiers. La décision fut prise en 1966. Les satellites militaires n’existaient pas encore. Un paradoxe souligné par Ary Yée Chong Tchi Kan car ce fut durant cette même année que la France sortit du commandement de l’OTAN. Ceci a entraîné la fermeture de toutes les bases de l’armée US en France et au départ des soldats américains. Or, le même gouvernement autorisait les États-Unis à utiliser La Réunion pour y installer une base stratégique. La Réunion est ainsi devenue une cible potentielle d’un bombardement nucléaire à cause de l’Antenne Oméga.
Cette implantation avait lieu également au moment où se développait le mot d’ordre de démilitarisation de l’océan Indien. Sous l’impulsion des pays non-alignés, une résolution présentée par l’Inde fut adoptée par l’ONU en 1971. Elle faisait de l’océan Indien une zone de paix, avec comme exigence le démantèlement des bases militaires des puissances étrangères. A l’époque, les bases militaires françaises de La Réunion était les seules concernées. La base anglo-américaine située à Diégo-Garcia était en construction et le peuple chagossien avait déjà été déporté de son pays pour cette raison.

Tentative d’assassinat visant Paul Vergès et Paul Béranger

L’interview a permis de revenir sur un événement révélateur de cette période d’extension de l’impérialisme occidental dans notre région. En 1975, des tueurs de la CIA tentèrent d’assassiner Paul Vergès, secrétaire général du PCR, et Paul Béranger, secrétaire général du MMM. PCR et MMM faisaient partie de la Conférence des partis progressistes du Sud-Ouest de l’océan Indien. Cette organisation menait le combat contre l’apartheid soutenu par les gouvernements occidentaux, et contre l’implantation de nouvelles bases militaires.
Pour Ary Yée Chong Tchi Kan, l’installation de l’antenne Oméga était un moyen pour Paris d’obtenir la garantie que ses bases militaires à La Réunion pourraient perdurer, car elles protégeaient une installation indispensable au fonctionnement des armes de destruction massive de Washington.
Plus tard, les militaires arrivèrent à utiliser les satellites. Cela rendait l’antenne Oméga inutile pour Washington. Elle se limita alors uniquement à un usage civil avant d’être démolie. Plus rien aujourd’hui ne rappelle que ce lieu fit de La Réunion un des théâtres de la Guerre froide.

M.M.

A la Une de l’actuParti communiste réunionnais PCRPaul Vergès

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?