Les artistes de la zone océan Indien

Artistes malgaches à l’agonie

29 décembre 2005

Belles phrasées, belles couleurs, beaux regards, on s’émerveille facilement devant l’œuvre d’un artiste. Et les artistes malgaches ne sont aucunement en reste, dirais-je. Mais la rencontre avec certains artistes de la zone océan Indien dévoile une réalité plus dure, incompréhensible lorsque nous savons tout le bien qu’ils apportent à leur culture, à la population.

En parcourant les rues de Tananarive, la réalité saute aux yeux, pinçant tout ce qui nous sert de cœur. Les artistes de la Grande Île la vivent, eux, philosophiquement. Sans misérabilisme aucun. "Et cela ne va pas m’empêcher de faire ce que j’aurais à faire", dira dignement un poète-plasticien, Hemerson Andrianetrazafy, qui continue toujours son travail d’artiste.
Oui, c’est vrai, il ne faut que peu de choses pour laisser l’art s’exprimer, s’ouvrir à l’art. Mais, l’artiste doit vivre, manger, se loger. Il n’en est pas moins convaincu. Et la culture reste le parent pauvre, sans soutien gouvernemental.

Dialyse trop chère

"On s’appuie beaucoup sur les instances, telles que le Centre culturel Albert Camus ou le centre germanique, et moindrement le service culturel de l’ambassade américaine", précise une jeune poétesse, de la mouvance Madagaslam. Et de poursuivre : "le budget de la culture passe beaucoup dans la reconstruction du Palais de la Reine, qui nécessite beaucoup d’argent".
L’artiste occupe alors, nécessairement, une autre fonction, sans réellement élever son niveau de vie. Institutrice, professeur, guide, leur situation n’évolue que peu. La situation devient catastrophique lorsqu’il s’agit de se soigner. Pour exemple, nous ne pouvions que déplorer l’état de santé de certains de nos amis artistes de la Grande Île, qui ne parvenaient à payer leur dialyse (300 euros, soit 735.000 ariary). Ma pensée va directement à cet illustre plasticien contemporain, Richard Razafindrakoto, connu jusqu’aux États-Unis, privé de moyen pour se faire dialyser. Quelques artistes réunionnais se sont certes mobilisés pour qu’il profite de quelques dialyses. Mais que pouvons-nous faire pour rendre pérenne cette intervention solidaire ?

Fédérer pour mieux vivre

Heureusement, la solidarité reste le mot d’ordre. Déjà entre artistes de la zone, qui savent ouvrir leur porte-monnaie autant que leur cœur. Mais pour appréhender un autre aspect de cette solidarité, il faut se balader dans les murs de Rari Hasina (prononcez Rariase), qui accueillent moult artistes de grands talents. On ne parle pas forcément d’argent, mais de rencontres entre artistes qui, ensemble, font naître des œuvres diverses, touchant tous les domaines de l’art. Arts plastiques, littérature, danse, théâtre. L’art foisonne. D’autres associations culturelles et artistiques décident de se regrouper au sein d’une association fédératrice, telle que l’association Gara, dont le but consiste à fédérer des associations d’artistes, néophytes ou confirmés, toutes expressions confondues (théâtre, danse contemporaine, musique ou encore stylisme). Pour réduire les frais, elles se regroupent, et avancent ensemble, sans aide aucune.

Une “manne” de 400 euros

Mahandrisoa Rajaonarivony, président de cette association, est médiateur culturel à la commune urbaine de Tananarive. Depuis un an, il se bat pour que les associations trouvent un lieu de vie, à défaut de vivre de leur production. Pour l’année, il ne peut compter que sur 400 euros, ramenés grâce à un festival de la BD à Tananarive. "400 euros, cela peut être considéré comme une manne providentielle, divine", note toutefois Mahandrisoa. Pourtant, même avec peu d’argent, cette association a pu contribuer à des actions, telles que la biennale de la photo (Fotoana), ou encore Isabelo, un projet théâtral sud-africain. Récemment, elle contribuait aux ateliers d’“Elabakana, glissement perpétuel”. Il faut croire que l’aventure risque de couper court. Bientôt, elle devra rendre les locaux, située dans les installations de la Gare de Tananarive. Madarail ayant décidé de ne pas reconduire la convention, soi disant pour réhabiliter les locaux, la voilà bientôt dans la rue à compter du 1er janvier 2006. Là encore, que pouvons-nous, au nom de la coopération régionale, pour que les artistes puissent faire vivre l’art ?

Un appel à intervenir

Artistes à l’agonie ! C’est terrible de le dire de la sorte. C’est "sûrement" un appel à nos artistes réunionnais, qui doivent - nous aussi avec peu de moyens - s’ouvrir à nos frères et sœurs de la zone. Un petit conseil : les artistes qui ont la chance de voyager, pour des raisons personnelles, pour des tournées, représentations, allez à la rencontre de ceux qui ont besoin de nous. Au-delà de l’émotion, n’éprouvons pas de la pitié, appelons cela du bon sens. Aidons ceux qui sont comme nous, assoiffés d’art. Aidons-les. Artistes comoriens, malgaches, de tous les continents si c’est possible.

Bbj


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