Au « Café du Bonheur »

2 janvier 2007

Chaque matin, j’aime prendre mon petit-déjeuner au même endroit, sur le chemin de mon travail, dans un petit café sobre d’apparence mais chaleureux. Le patron est un homme secret, au comportement réservé, en accord avec le dénuement des lieux. Jamais un mot plus haut que l’autre.
Mais depuis quelques jours, sur mon trajet, je trouve le café fermé. Que s’est-il passé ? Le patron est-il malade ?

En ce mercredi, jour de repos, je décide de mener l’enquête : je veux comprendre le pourquoi de la fermeture du Café. Personne pour me renseigner, ni les commerçants alentour, ni même les habitués. Pas la moindre information sur cette disparition étrange.

Plusieurs jours passent et le Café est toujours fermé. J’interroge à nouveau les commerçants. Toujours pas de nouvelles. Quand tout à coup, un vieil homme aveugle et son chien qui venaient vers moi, s’arrêtent à ma hauteur :
« C’est vous qui êtes à la recherche du propriétaire du Café ? » me demanda l’homme au regard flottant.

Etonné par sa question, je lui demandai à mon tour qui il est, d’où il vient et s’il est aussi à la recherche du propriétaire. Il me dit alors que le patron du Café s’appelle Jarod et que lui aussi s’inquiète de sa disparition. Il venait souvent au Café et Jarod lui offrait quelquefois à manger et à boire. Il raconte comment il est devenu un Sans domicile fixe. Je lui demande ce qu’il sait de Jarod.

« Je l’ai entendu un jour parler d’un bateau amarré au Port », répondit le vieil homme, après un silence.

Je me rends au Port. Arrivé à quai, j’interroge plusieurs personnes qui ne m’aident guère. Quand soudain un homme assis sur le quai m’interpelle :

« Je peux vous aider ? »

« Je suis à la recherche d’un homme... Je ne connais que son nom : Jarod. »

« Et... c’est qui pour vous, ce Jarod ? » demande l’homme, qui paraît soudain plus soupçonneux.

« Personne précisément... Juste le patron d’un Café où j’allais tous les matins. Depuis quelques jours, le Café est fermé. Je m’inquiète pour son propriétaire. On m’a dit qu’il avait un bateau ici. Vous le connaissez ? »

« Oui, mais il n’est pas là... Cela fait aussi plusieurs jours que je ne l’ai pas vu. J’ai entendu dire qu’il a une bicoque autour du lac. »

Je me rends au lac, où un pêcheur me dit connaître Jarod et me donne une adresse. C’est celle du Café !
Je suis revenu à mon point de départ ! Et là, debout près de la devanture fermée, ce que je vois me laisse médusé. Le pêcheur s’approche et avant que j’aie pu lui poser une question, il se transforme soudain en l’homme assis sur le quai, qui se transforme à son tour en aveugle... puis en Jarod !

Ce dernier m’explique alors qu’il voulait savoir si l’Homme s’intéresse encore à l’Homme. Jarod raconte qu’il est gravement malade et qu’il veut offrir son Café « à une personne qui aime les gens », dit-il.
Il me demande alors si cela me plairait de prendre sa suite au Café. Je lui dis « Oui » sans hésitation. Dans l’instant, je vis Jarod se transformer en aveugle. Il ne voulait plus revoir les lieux de son passé ! Peu après, il disparut.

Depuis ce temps, je m’occupe du « Café du Bonheur », où les gens aiment se retrouver.

Christophe Boule (PASARTIC - droits de reproduction réservés)


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