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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Tribune libre de Reynolds Michel : “Plaidoyer pour l’interculturel” - 6 -
31 juillet 2006

Dans la 3ème partie de son “Plaidoyer pour l’interculturel” que nous avons commencé à publier dans notre édition de samedi, Reynolds Michel étudie le dialogue des cultures. C’est toujours le thème du 6ème article de cette série, que nous publions ci-après avec des intertitres de “Témoignages”.
Au nom de quoi les cultures sont-elles appelées à communiquer entre elles ? Qu’est-ce qui fonde la communication interculturelle ?
C’est peut-être parce que au-delà des cultures - qu’il faut évidemment reconnaître dans leur singularité -, il existe un univers qu’elles ont en commun et en partage. C’est peut-être parce qu’il existe un capital commun de l’humanité dans lequel puise chaque culture pour élaborer son modèle.
En effet, les anthropologues affirment depuis longtemps déjà, que les cultures particulières ne peuvent être comprises sans cet univers qu’elles ont en commun (Georges Balandier), sans ces "invariants" - matériaux culturels identiques d’une culture à l’autre -, que Claude Lévi-Strauss a dénommés les "propriétés générales de la vie sociale" et que d’autres appellent les "universaux culturels", ou encore "universels-singuliers".
Quelque chose de commun à tous les humains
Il existe des universaux culturels, qui sont comme autant de principes indispensables de la vie en société. Cela est aujourd’hui une évidence pour les spécialistes de ces questions.
Pour Claude Lévi-Strauss, l’exemple le plus caractéristique de ces règles universelles ou universaux culturels est la prohibition de l’inceste. Présente dans toutes les sociétés, cette prohibition est au fondement des échanges sociaux.
Pour d’autres, c’est le complexe d’Œdipe (G. Roheim).
Bref, au-delà des différences culturelles, il y a quelque chose de commun qu’on retrouve chez l’être humain, quelles que soient son origine et sa culture. "Les différences superficielles entre les hommes recouvrent une profonde unité", écrit Claude Lévi-Strauss (1) .
Une des bases du dialogue des cultures
Autrement dit, l’universel perce dans la personnalité de toutes les cultures. Il émerge de la singularité même de chaque culture, tout en le dépassant.
C’est ce qui explique d’ailleurs leur capacité d’entrer en dialogue, malgré la distance qui les sépare. Le dialogue entre les cultures trouve dans cette tension permanente entre l’universalité et la singularité un de ses fondements.
Mais ce qui fonde ultimement la visée d’universalité de chaque culture, c’est l’existence d’une nature humaine, d’une humanité commune à toutes les personnes. C’est sur ce fondement de reconnaissance d’une humanité commune qu’il faut chercher, comme nous l’avons déjà souligné, la reconnaissance entre humains, y compris dans leurs différences.
"C’est l’humanité, écrit l’anthropologue tunisienne Hélé Béji, qui fonde l’identité et non l’identité qui fonde l’humanité. L’identité de l’homme est l’humain, quelle que soit son effigie ou son image culturelle" (2) .
IV - Une identité culturelle riche d’appartenances multiples
La culture comme identité
La culture est toujours la culture d’un individu, d’un groupe, d’un peuple, même si elle le(s) transcende. Le groupe ou l’individu se voit alors identifié par sa différence. Il a une identité culturelle propre qui lui permet, d’une part, “de se signifier à lui-même et aux autres” et, d’autre part, de s’adapter à son environnement mouvant.
Ainsi, la culture et l’identité culturelle se trouvent en partie liées, tout en renvoyant à deux registres distincts. Lorsque la culture n’est plus envisagée comme représentative de l’humain en général, mais dans leur particularité individuelle ou collective, on passe d’un sens de la culture à un autre : du sens ethnologique au sens qualifié d’identitaire.
La culture, un facteur essentiel au développement
"À la limite, écrit Denys Cuche, la culture peut aller sans conscience identitaire, tandis que les stratégies peuvent manipuler et même modifier une culture qui n’aura alors plus grand-chose en commun avec ce qu’elle était auparavant. La culture relève en grande partie de processus inconscients. L’identité, elle, renvoie à une norme d’appartenance, nécessairement consciente, car fondée sur des oppositions symboliques" (3).
Ceci dit, l’identité culturelle est considérée, dans les textes internationaux sur la culture, comme un facteur essentiel au développement, à la fois de l’individu et de la collectivité.
"L’identité culturelle est une richesse stimulante qui accroît les possibilités d’épanouissement de l’espèce humaine en incitant chaque peuple, chaque groupe à se nourrir de son passé, à accueillir les apports extérieurs compatibles avec ses caractéristiques propres. Et à continuer ainsi le processus de sa propre création", peut-on lire dans la “Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles” (4).
Reynolds Michel
(à suivre...)
o Demain : “L’identité culturelle comme processus dynamique et multidimensionnel”.
(1) Claude Lévi-Strauss, “Anthropologie structurale deux”, p. 75, cité par Todorov, “Nous et les Autres”, Points/Seuil, 1989, p. 95.
(2) Hélé Béji, tunisienne agrégée de lettres modernes, “La civilité, culture perdue de l’humain”, in “Nous et les Autres”, Babel/Maison des cultures du monde, 1999, p.174.
(3) D. Cuche, “Existe-t-il une hiérarchie des cultures ?” in “Sciences Humaines”, n° 200, février 2002.
(4) Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico City, du 26 juillet au 6 août 1982.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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