Mouvances culturelles à Marseille

Au forum des cultures

5 décembre 2006

« Samoussas, bouchons, bonbons piment, piments farcis Monsieur », me lançait-on sur un air de séga, au Florida Palace, à la Timone, dans une banlieue marseillaise. Les associations culturelles de la diaspora domienne et d’ailleurs se retrouvaient pour faire valoir leur originalité culturelle, dans une société hexagonale à la culture involontairement en distorsion.

Une fois par an, les associations culturelles réunionnaises, guadeloupéennes, martiniquaises, mahoraises, tahitiennes, calédoniennes, malheureusement pas guyanaises, se retrouvaient dans une banlieue marseillaise pour présenter leur culture, leur langue, leur musique. Qu’il fait soleil de se retrouver auprès des siens du lointain, de la France du bout du monde, de la réunion des originalités culturelles. Houlèr, gwo ka, ravane, kayanm, tanbou, guitare tahitienne réunis, le bœuf complait la salle par des sonorités impromptues. Les spectateurs visitent par la même l’art culinaire de l’Outre-mer, en même temps que l’artisanat. On trouvait même les Malgaches en force, alors que la soirée devait se prolonger sur le salegy de Dr JB.
L’Ile Maurice et certains pays de l’Afrique noire tenaient également leur stand. « C’est pour montrer que l’on existe, que nos cultures ne doivent pas être minorées, au contraire appréciées en temps que cultures du monde, dans une France malheureusement grossière avec ses cultures du coin perdu », m’explique un “anonyme culturel”. Allez le faire entendre dans un État d’acculturation à souhait.

Lutte contre le racisme

Peu de “zorèy” sont des nôtres. Ceux qui partagent ce moment de rencontre interculturelle le sont par connaissance. Femmes, ou parents, viennent des îles, et ils aiment se divertir et rencontrer les autres cultures, convaincus de ne pas être les seuls maîtres de la culture avec un grand “sait”. « Po moin, sé in manièr lùt kont bann rasist nana an Frans. Mont azot anou osi nana nout manièr. E nout manièr, lé pa pli ba, lé pa pli o non-pli. Sé nout manièr amèn la vi. E mèm si nou lé loin nout péi, nou done lo grin, nou mèt ansanm », déclare Kadok, un musicien exilé pour raison professionnel. Le BUMIDOM sonne son glas, l’ANT a emmené ses convois. Aujourd’hui, ils sont des milliers, des centaines de milliers à venir s’enquiquiner avec un autre pays, une autre culture, à travailler, « à morfler, à broyer un quotidien difficile, mais on s’y fait », reprend un Réunionnais des Télécom. « Le racisme, on connaît. Pièces d’identité, toujours, pour montrer que notre faciès est bien français. Des injures, des remarques, des regards, on prend l’habitude. Encore faut-il se faire engatser (se faire disputer - NDLR) pour nos heures réunionnaises ou malgaches, alors que nous arrivons au boulot comme tous les autres. Mais bon », continue le même Réunionnais, M. Dijoux. Et de poursuivre : « Encore, nous sommes sur Marseille. Cela doit être difficile dans d’autres grandes villes. Moi je n’ai pas pu rester sur Paris. Trop d’affaires ».

10 mai ou 20 décembre ?

La date ne sonne pas à Marseille. Peu connaissent notre date officielle de l’esclavage. Les Réunionnais quant à eux ne semblent pas s’accrocher à cette date historique, mais y confèrent quand même un peu d’honneur. Apéro kabar, kabar apéro. Cela ne sonne effectivement pas. De la convivialité autour du cérémonial, soit, mais où est donc la cérémonie pour ces aïeux courageux qui ont subi l’innommable et le davantage. Et puis, entre le 10 mai, date officielle de l’hommage français, et le 20 décembre, l’hommage réunionnais, la question ne se pose pas. Les Réunionnais défendent leur date. C’est peut-être la seule affirmation identitaire qu’il me devait de relever. Pour autant, une question : à quand un grand kabar dans un port négrier ?

Mouvances culturelles dans la spirale du ladilafé

Comment ne peut-on pas se fâcher devant la bêtise humaine ? Frères et sœurs se battent.
L’identité n’est aucunement l’affaire d’un seul ou d’une seule. Et pour l’heure, il m’incombe de ne faire la publicité d’aucune association, mais plutôt louer l’initiative d’un tel ou d’une telle, parce que les tensions le veulent dans cet ordre. Jack Sidh, un Mauricien à l’origine de Massilia Sound System, ou Georges Ah Thiane, m’ont les plus convaincu. Bien que le coup de l’apéro kabar pour l’hommage aux ancêtres m’ait quelque peu troublé, je dirais que leur implication dans la valorisation des cultures du monde est à tout titre louable. Sur Radio Galère, les groupes réunionnais et de la zone océan Indien peuvent se satisfaire d’être autant publicisés. Pareil sur radio Grenouille. Encore doit-on apprécier d’être accueilli dans un L’espace du Bathalzar pour y promouvoir le slam et le fonnkèr réunionnais ! Et surtout bénéficier de contacts intéressants dans les salles de La Busserine, du Toursky et d’autres petits cafés théâtres marseillais. Malheureusement, et je le dis tout haut, on doit déplorer le manque de solidarité entre association de notre bord, de notre île. Et encore répéter que notre culture ne se limite pas à une réunion d’amis autour d’un rougay et d’un rhum arrangé péï.

Babou B’Jalah


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus