Buste d’Alexandre Monnet à la Rivière des Pluies

Au père des Noirs

7 décembre 2005

Vendredi dernier, le 2 décembre, à la Rivière des Pluies à Sainte-Marie se déroulait un hommage émouvant. On célébrait le “Père des Noirs”, qui en avance sur son temps avait requis l’abolition d’une abomination, l’esclavage, qui opprimait ses frères noirs.

Le maloya de Firmin Viry battait son plein, tandis qu’une ode d’Annie Darencourt rendait hommage au père de la Rivière des Pluies, qui en 1 an - de 1840 à 1841 - fit construire l’église de la Rivière des Pluies. L’ouverture de cet hommage à Monseigneur Alexandre Monnet, né en 1812 à Manchin (France), décédé à Dzaoudzi (Mayotte) en 1849, était des plus grandioses, des plus émouvants aussi. Plusieurs personnalités étaient présentes, dont Monseigneur l’évêque Gilbert Aubry, Franck Olivier Lachaud, le secrétaire général de la Préfecture, le maire de Sainte-Marie Jean-Marie Lagourgue, et le vice-président du Conseil régional, Raymond Lauret, entre autres. L’historien réunionnais Prosper Eve donnait une conférence après l’hommage officiel du buste de l’Abbé honoré.

Une œuvre à la hauteur du personnage

Sur la plaque commémorative que l’on trouve sous son buste, le 4ème posé cette année, “2005 Année Monnet”, on lit "Place Monseigneur le père des noirs, évangélisateur, abolitionniste, arrivé à La Réunion le 9 juin 1840, expulsé de l’île le 28 septembre 1847, inhumé dans cette église en 1856". L’œuvre qui lui est dédiée devant l’église de la Rivière des Pluies est constituée d’un bloc de basalte, synonyme de "la solidité inébranlable du père des Noirs dans son combat pour l’abolition de l’esclavage". Ce bloc, portant une grotte où siège le buste de l’Abbé Monnet, est posé sur 3 socles, 3 zarboutan, "exprimant la solidarité indispensable pour tenir debout l’œuvre à continuer". Pour dire, ce spiritain, devenu populaire pour son engagement dans la reconnaissance des esclaves de Bourbon, auteur de la première catéchèse en langue créole, a fait en peu d’années des œuvres considérables, notamment la construction, en 1 an, de l’église de la Rivière des Pluies. Décédé donc à l’âge de 38 ans, certes il s’est consacré à l’évangélisation, mais comme le rappelait Raymond Lauret, "il a éprouvé le besoin de dépasser sa mission de prêtre" en se faisant fervent abolitionniste, aux côtés de Schoëlcher. On sait qu’il fut un acteur déterminant au sein de la commission Schoëlcher pour l’abolition de l’esclavage, au péril même de sa vie. Ainsi, le petit village de la Rivière des Pluies que foula Alexandre Monnet peut être défini comme "un haut lieu de la liberté", pour reprendre les mots suaves de la poétesse réunionnaise Annie Darencourt. Car "c’est ici que commença l’épopée du père des Noirs", poursuit-elle.

Un roc de notre patrimoine

Bon, ouvert à toute classe sociale, il sut jouer de son influence. Son frère travaillait d’ailleurs sur la propriété de Charles Panon Desbassayns, riche industriel bourbonnais. "Je me devais tout à tous sans acception de personne", déclarait l’Abbé Monnet. Noir, Blanc, quelle différence ? C’est grâce à la grandeur de personnes telles que l’Abbé Monnet qu’une des grandes pages de l’histoire des colonies fut écrite. Certes, il était prêtre officiant dans un pays où l’église “acceptait” l’esclavage, mais "ta croix n’est pas une réussite, mais une condition de la réussite", dira le Père René Payet. "Un grand Réunionnais, un roc de notre patrimoine, il mérite bien d’appartenir au socle de notre histoire", dira Raymond Lauret. Pour autant, le village qui l’a vu naître tient également à partager l’hommage rendu à Alexandre Monnet. L’année prochaine, un buste y sera posé. Promesse du maire de la ville, qui était en déplacement pour l’occasion.

Bbj


En aparté

Pendant la manifestation, des philatélistes vous proposaient des enveloppes à l’effigie de l’Abbé Monnet, oblitérées par un timbre à date, du premier jour. D’où l’aparté. Nous nous étonnons de la polémique sur la création d’un timbre à l’effigie de l’Abbé Monnet. Pourquoi donc un personnage historique, qui a mené fidèlement et au plus niveau des strates économiques et politiques le combat pour la liberté des esclaves, ne bénéficierait-il pas d’un timbre honorant son engagement ? Faut-il simplement honorer la bataille d’Austerlitz où plus de 25.000 hommes perdirent la vie ? Ou timbrer l’histoire conquérante, celle qu’il faut lire comme positive ? Peut-être alors juste un timbre “exotique” ? L’esclavage a meurtri des millions d’hommes, femmes et enfants à travers le monde. Il serait des plus incongru de ne pas honorer un homme qui contribua à la défense de ceux que l’on nommait “meubles”. Voilà l’image positive que refuse encore de reconnaître la France, pour l’heure, amnésique de son histoire glorieuse.


Association Debout’ Ansanm

Un représentant de l’association Debout’ Ansanm interviendra de manière ponctuelle pour parler au nom des esclaves oubliés. Il pose une question, somme toute banale, mais des plus intéressantes : "On parle de Monnet, mais que fait-on vraiment pour les esclaves ?". Il rappelle que l’on oublie les lieux “sacrés” pour notre histoire, pour notre mémoire. Bien évidemment, il nous reste beaucoup à faire pour réhabiliter dignement les sites liés à l’esclavage et à l’engagisme. Sait-on au moins où sont “tous” les cimetières qui accueillent les esclaves et engagés ? N’a-t-on pas encore beaucoup à faire pour honorer nos marrons et garder les lieux, archéo-“logiquement”, entre bonnes mains ? Et puis, à quand le buste du Père Lafosse ?


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