La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Tribune libre de Reynolds Michel : “Plaidoyer pour l’interculturel” - 4 -
28 juillet 2006

Dans son “Plaidoyer pour l’interculturel”, Reynolds Michel fait notamment l’inventaire des différentes dérives auxquelles a donné lieu le combat permanent des peuples pour concilier l’unité et la diversité culturelle au niveau local et national comme au niveau planétaire. Après avoir évoqué les pièges de l’universalisme, de l’évolutionnisme et du relativisme culturel, l’auteur approfondit cette notion dans la 4ème partie, dont on lira ci-après de larges extraits, “avec des intertitres de “Témoignages”.
La réflexion sur la diversité culturelle est restée longtemps prisonnière d’un double principe :
- un principe de coupure entre nature et culture, entre état sauvage et état civilisé ;
- un principe de hiérarchisation de type évolutionniste entre les peuples et les cultures : les Européens au sommet, les peuples d’Asie et d’Afrique en position moyenne et les "sauvages" à la base.
Pas de hiérarchie entre les cultures
Franz Boas (1858-1942) et ses disciples (...) ont été les premiers à mettre en cause cette hiérarchisation entre cultures dites "inférieures" et "supérieures".
Pour ce courant de l’anthropologie américaine, chaque culture, définie comme une expression de la totalité de la vie sociale de l’être humain et comme une réponse à un milieu naturel, est une construction singulière, une totalité originale, qui mérite d’être analysée pour elle-même.
C’est dire qu’il y a autant de cultures que de sociétés et elles doivent être respectées dans leur singularité. Donc, refus de toute évaluation à partir d’une référence unique et de tout classement hiérarchique sur une même échelle de civilisation. Car chaque culture n’a de sens que dans le cadre de ses frontières (1) .
Du relativisme culturel...
Cette compréhension de la culture postule une attitude d’esprit et une conception que l’anthropologie désigne sous le nom du relativisme culturel. Elle signifie à la fois un rejet de l’évolutionnisme anthropologique (situant les cultures particulières sur une échelle de civilisation) et de l’ethnocentrisme (le fait de juger les autres cultures à partir de la sienne jugée a priori supérieure), notamment l’ethnocentrisme occidental. Certes, l’ethnocentrisme est propre à toutes les sociétés. C’est néanmoins une attitude peu favorable à l’acceptation et à la compréhension des autres cultures, lorsqu’elle n’est pas le masque d’une idéologie de domination et d’exploitation, comme l’a été l’idéologie coloniale.
... au modèle dit culturaliste...
(...) Franz Boas recommandait à ses disciples d’aborder les cultures sans a priori, sans appliquer leurs propres catégories pour les étudier et sans les comparer prématurément les unes aux autres. C’est grâce à cette attitude d’esprit, à ce principe éthique, que les anthropologues et ethnologues ont pu mettre en relief la diversité du patrimoine culturel de l’humanité. Un acquis considérable !
Mais de simple principe éthique et méthodologique fécond, le relativisme culturel est devenu abusivement pour beaucoup un principe absolu (...). On insiste alors lourdement sur le caractère impénétrable, irréductible et unique de chaque culture. Chacune d’elles, caractérisée par une configuration singulière (son pattern), évolue de façon radicale sans recouper l’autre. La culture est alors entendue comme une totalité refermée sur elle-même et autosuffisante. (...) C’est le modèle dit culturaliste (2) .
... et au “choc des civilisations”
Cette conception ségrégative (séparation des cultures) et totalisante de la culture rend évidemment impossible toute communication interculturelle, voire même l’idée d’humanité commune à tous les peuples. D’où l’hypothèse du “choc des civilisations” (S. Huntington) : les cultures ne peuvent s’entendre et elles sont amenées à s’exclure. La source fondamentale des conflits est donc culturelle.
En outre, cette conception interdit toute critique partielle au nom de la cohérence du tout, laissant ainsi peu de chances à d’éventuelles évolutions ou transformations.
Les dangers du relativisme culturel
Au nom du relativisme culturel, certains tenants du "droit à la différence" n’hésitent pas à justifier la discrimination sexuelle, l’excision, la charia, la vendetta...
C’est aussi au nom du relativisme culturel que des anthropologues ont transformé certaines sociétés en "musées vivants", en les empêchant de concevoir et de mettre en œuvre des projets de développement (3) .
Si le relativisme culturel - qui ne coïncide nullement avec le relativisme éthique - est toujours un principe méthodologique indispensable pour les sciences sociales - et nécessaire au respect des différences -, il faut éviter de tomber dans un relativisme intégral ou radical, qui est source de graves conséquences : repliement sur son propre héritage culturel, négation de toute valeur universelle et de tout point commun entre les êtres humains. (...) (4) .
Reynolds Michel
(à suivre...)
(1) Denys Cuche, “La notion de cultures dans les sciences sociales”, La Découverte, p. 35-36. On présente le culturalisme comme un système théorique unifié, alors qu’il serait plus juste de parler "des" culturalismes. L’essentialisme, ou substantialisme, qui consiste à concevoir la culture comme une réalité en soi, est une critique qui ne s’applique qu’à certains anthropologues américains, dit Cuche (p. 40).
(2) Annamaria Rivera, “Le relativisme culturel”, 30 juin 2005 (Internet).
(3) Sarella Henriquez (Paris 8), “La communication interculturelle entre ethnocentrismes et relativismes”, in Europe Plurilangues, 2000, pp. 19-30.
(4) Lévi-Strauss, “Race et culture”, réédition : Denoël, 1987, p.70 ; UNESCO, 1982.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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