Hira Gasy et Kabary - 1 -

Aux maîtres des kabar diseurs de mots sorciers

24 octobre 2006

Au pays de la parole, dans les contrées régentées par la rhétorique des ergoteurs, allons à la rencontre de l’Hira Gasy, musique traditionnelle malgache théâtralisée, et des mpikabary, des discoureurs sans faille, à la langue aiguisée, “apropté” dans le rond de l’improvisation. Nous sommes à Mandrosohasina, sous les yeux des ancêtres.

Ils approchent dans une Peugeot 404 bâchée, ils sont une quinzaine entassés dans la petite benne. A les voir, on ne croirait pas que les vedettes arrivent, quoique l’on voit des villageois surgir de tous les horizons, par tous les petits sentiers. Le spectacle ne tardera pas à commencer. L’homme marche vers sa tradition, vers un instant de parole, d’amusement aussi, de musique surtout. A peine les pieds posés par terre, les mpihira gasy de Raveloson, une troupe du village d’Antanetibé, de la Région d’Arivonimano, vers Ampefy, commencent à se préparer, les hommes enfilant leur malabar (chemise longue), les violons quémandant l’accordement. Ici, ce sont les hommes qui parlent, du moins ce sont les hommes que j’ai vus parler. Les femmes, dans leurs robes aux couleurs prononcées, chantent à leurs côtés, mais la parole, le discours, sortira de la bouche de l’artiste mâle. Allez savoir pourquoi. On n’a pas manqué de m’assurer que les femmes, si tant est qu’elles maîtrisent l’art du kabary, peuvent s’exprimer. Joseph Rakotondravelo, professeur de malgache, mpikabary (rhéteur), a effectué des kabary dans tous les cadres, de la circoncision au mariage, maîtrisant autant les subtilités des discours, nuptial, sépulcral, politique. Il insiste sur le fait que les femmes prennent la parole, même si d’une manière plus ancestrale, on préfèrera léguer cette responsabilité à l’aîné de la famille.

Découvrez les vertus de la parole

Kabary ? Cela ne vous dit rien. Le "kabary", mot malgache issu de l’arabe "kabar", est un discours prononcé à haute voix devant un public. Il doit être illustré par des aphorismes et des maximes pour émerveiller l’auditoire, le stupéfier, retenir son attention. Il ne s’agit pas seulement de faire vibrer le cœur ou l’âme. Le Kabary est porteur d’un message. C’est la raison pour laquelle tout événement dans la vie d’un Malgache est ponctué par un kabary. Peut-on même dire, on inaugure l’événement par cet art à part entière, qui ne dispose pas de règles, quoique certains mpikabary tentent aujourd’hui de codifier cette tradition orale. La place qu’elle occupe dans la société malgache est capitale. Le Kabary permet de garder et de sauvegarder l’idiome et les termes spécifiquement malgaches, surtout ceux inusités au quotidien, tels que les proverbes et les maximes. Ils sont, en fait, repris et réutilisés selon des circonstances concrètes, dans le malheur ou le bonheur. Du début de sa vie jusqu’à sa mort, la vie du Malgache est marquée par cet attachement à la parole. « Dans la pratique, le kabary comprend le "ala sarona" et les excuses avant les salutations adressées au Créateur, aux autorités, à l’armée, au fokonolona et finalement aux membres de la famille. La finalité consiste à montrer son respect à l’égard de l’assistance », précisait Rabenandrasana Lalao, Vice-président de FIMPIMA, à notre confrère malgache, “L’Express de Madagascar”. C’est peu dire. D’autant que le mpikabary privilégiera un long discours, sans réciter ; un vrai kabary n’est jamais lu. Un vrai kabary est l’expression de l’instant présent, même s’il est ancré dans la “tradition” orale malgache.

W.T


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