Bandoeng : commémoration de la conférence du 18 au 24 avril 1555

18 avril 2008

La conférence de Bandoeng s’est tenue du 18 au 24 avril 1955 à Bandoeng, en Indonésie, réunissant pour la première fois les représentants de vingt-neuf pays africains et asiatiques dont Gamal Abdel Nasser (Égypte), Nehru (Inde), Soekarno (Indonésie) et Zhou Enlaï (Chine). Cette conférence marquera l’entrée sur la scène internationale des pays du Tiers monde.

La Conférence de Bandoeng intervient dans un contexte de Guerre Froide. Elle répond à une volonté d’indépendance renforcée au lendemain de la Conférence de Genève qui met fin à la guerre d’Indochine. Alors que le bloc soviétique et le bloc occidental s’opposent, les pays asiatiques nouvellement indépendants sont conscients de leur puissance.
Cinq d’entre eux avaient pris part à la libération de l’Indochine du 5 avril au 12 mai 1954 : l’Inde, Ceylan, le Pakistan, la Birmanie et l’Indonésie. Quelques mois plus tard, lors d’une réunion à Bogor en Indonésie, ils décident des pays à inviter afin de créer une zone de paix fondée sur la coexistence pacifique, leur objectif principal étant la décolonisation. Vingt-neuf pays seront finalement invités dont la Chine et la République démocratique du Vietnam (seule la Fédération d’Afrique centrale déclinera l’invitation). Le Japon sera le seul pays industrialisé qui assistera à la conférence. On attend notamment : quinze pays d’Asie (Afghanistan, Birmanie, Cambodge, Ceylan (l’actuel Sri Lanka), République populaire de Chine, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Népal, Pakistan, Philippines, Siam (l’actuelle Thaïlande), République populaire du Vietnam, État du Vietnam), neuf du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Égypte, Iran, Irak, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie et Yémen) et seulement cinq pays africains (Côte-de-l’Or (l’actuel Ghana), Éthiopie, Libéria Soudan et Libye) preuve que l’Afrique est encore en grande partie industrialisée.
La conférence aura donc lieu à Bandoeng du 18 au 24 avril 1955. Le texte final, inspiré par Nehru, est marqué par le neutralisme et la coexistence pacifique. Cependant, il reste quelques oppositions entre les « Grands » : aux non-engagés (Inde et Égypte), s’opposent, d’un côté, les pro-occidentaux, les pays du Pacte de Bagdad, de l’OTAN ou de l’OTASE (Irak, Iran, Japon, Pakistan, Philippines et Turquie), et de l’autre, les pays ayant adopté le régime communiste (la Chine communiste et République Populaire du Vietnam).
Bandoeng marque l’entrée des pays du tiers-monde sur la scène internationale elle condamne la colonisation et l’impérialisme, notamment l’apartheid en Afrique du Sud. Elle engage les diffèrent pays à lutter pacifiquement pour leur indépendance et à se détacher des puissances occidentales et soviétiques. On voit ainsi émerger un "troisième bloc" qui annonce la conférence de Belgrade et les bases du "mouvement des non-alignés".

Communiqué final de la conférence de Bandoeng (1955) : (Extraits)

« Une conférence des Nations afro-asiatiques convoquée par les gouvernements de Birmanie, de Ceylan, de l’Inde, d’Indonésie et du Pakistan s’est réunie à Bandoeng du 18 au 24 avril 1955. Outre les pays promoteurs, les Etats suivants ont participé à la conférence : Afghanistan, Cambodge, République populaire de Chine, Egypte, Ethiopie, Côte de l’Or, Iran, Irak, Japon, Jordanie, Laos, Liban, Libéria, Libye, Népal, Philippines, Arabie Saoudite, Soudan, Syrie, Siam, Turquie, République populaire du Vietnam (Vietminh), Etat du Vietnam et Yémen. La Conférence afro-asiatique a étudié le rôle de l’Asie et de l’Afrique et a examiné les moyens grâce auxquels les peuples des pays représentés peuvent réaliser la coopération économique, culturelle et politique la plus étroite.
La Conférence afro-asiatique reconnaît la nécessité urgente d’encourager le développement économique de la zone afro-asiatique.
Les pays participants ont exprimé le désir général d’une coopération économique sur la base des intérêts mutuels et du respect de la souveraineté nationale.
Les propositions concernant la coopération économique entre les pays participants n’excluent pas le caractère désirable ou la nécessité d’une coopération avec les pays en dehors de la zone afro-asiatique, y compris les investissements en capitaux étrangers. (...)
La Conférence afro-asiatique recommande :
L’établissement sans retard d’un fonds des Nations Unies pour le développement économique.
L’allocation par la Banque internationale de reconstruction et de développement d’une plus grande partie de ses ressources aux pays afro-asiatiques.
D’encourager l’organisation de projets communs entre les pays afro-asiatiques, dans la mesure où cela correspondra à leurs intérêts communs. (...)
La Conférence est persuadée que le développement de la coopération culturelle figure parmi les moyens les plus puissants d’entente des nations. L’Asie et l’Afrique ont été le berceau de grandes religions et de grandes civilisations qui ont enrichi d’autres cultures et d’autres civilisations. Ainsi la culture asiatique et africaine est basée sur des fondements spirituels universels. Malheureusement, les contacts culturels entre les pays asiatiques et africains ont été interrompus au cours des siècles passés.
Les peuples d’Asie et d’Afrique sont maintenant animés d’un désir sincère de renouveler leurs contacts culturels et d’en développer de nouveaux dans le cadre du monde moderne. Tous les gouvernements participants ont confirmé leur intention de travailler pour une coopération plus étroite.
La Conférence a pris note du fait que l’existence du colonialisme en de nombreuses régions d’Asie et d’Afrique, quelle que soit sa forme, entrave la coopération culturelle ainsi que le développement des cultures nationales.
Certaines puissances coloniales ont dénié aux peuples coloniaux les droits fondamentaux dans le domaine de l’éducation et de la culture, ce qui entrave le développement de leur personnalité ainsi que les échanges culturels avec d’autres peuples asiatiques et africains.
Cela est particulièrement vrai dans le cas de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc, où le droit fondamental des peuples d’étudier leur propre langue et leur propre culture n’est pas respecté.
Des discriminations semblables ont été pratiquées dans certaines régions du continent africain contre d’autres peuples (...).
La conférence afro-asiatique s’est penchée anxieusement sur la question de la paix mondiale et de la coopération. Elle a pris note avec une profonde inquiétude de l’état de tension internationale et du danger de guerre atomique mondiale. Le problème de la paix est le corollaire du problème de la sécurité internationale. A cet égard, tous les pays devraient coopérer, particulièrement par un truchement des Nations Unies, pour amener une réduction des armements et l’élimination des armes nucléaires sous un contrôle international efficace. C’est de cette manière que la paix internationale peut être assurée et l’énergie nucléaire utilisée exclusivement à des fins pacifiques. Cela contribuerait à répondre aux besoins particuliers de l’Afrique et de l’Asie, car elles ont un besoin urgent de progrès social et d’un meilleur niveau de vie, ainsi que d’une plus grande liberté. Liberté et paix sont interdépendantes. Le droit à disposer de soi doit être accordé à tous les peuples, et la liberté et l’indépendance doivent être accordées dans les délais les plus courts possibles à ceux qui sont encore soumis.
En vérité, toutes les Nations devraient avoir le droit de choisir librement leurs propres systèmes politique et économique et leur propre mode de vie, conformément aux principes et aux buts des Nations Unies.
Libérées de la méfiance, de la crainte, faisant preuve de bonne volonté mutuelle, les Nations devraient pratiquer la tolérance, vivre en paix dans un esprit de bon voisinage et développer une coopération amicale sur la base des principes suivants :
1) Respect des droits humains fondamentaux en conformité avec les buts et les principes de la Charte des Nations Unies ;
2) Respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les Nations ;
3) Reconnaissance de l’égalité de toutes les races et de l’égalité de toutes les Nations, petites et grandes ;
4) Non-intervention et non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays ;
5) Respect du droit de chaque Nation de se défendre individuellement ou collectivement conformément à la Charte des Nations Unies ;
6) Refus de recourir à des arrangements de défense collective destinés à servir les intérêts particuliers des grandes puissances quelles qu’elles soient ; refus par une puissance quelle qu’elle soit d’exercer une pression sur d’autres ;
7) Abstention d’actes ou de menaces d’agression ou de l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un pays ;
8) Règlement de tous les conflits internationaux par des moyens pacifiques, tels que négociation ou conciliation, arbitrage ou règlement devant les tribunaux, conformément à la Charte des Nations Unies ;
9) Encouragement des intérêts mutuels et coopération ;
10) Respect de la justice et des obligations internationales. (...) »



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