Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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24 novembre 2007

« Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ; mais par malheur cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était ni femme ni fille qui ne s’enfuit de devant lui... ». Vous connaissez le conte de Perrault, vous serez surpris par cette version imaginée par Nicolas Fretel, vue au Théâtre du Grand-Marché à Saint-Denis.
Barbe-Bleue (la scène primitive) est un conte initiatique sur la sexualité, la construction du désir, la recherche des géniteurs. Une classe de lycéens exprimait d’ailleurs toute leur satisfaction à redécouvrir la bonne leçon théâtrale. Il faut dire que cette pièce de Nicolas Fretel aura marqué les esprits, fait valser les tabous en tout cas. Dans un décor drastique, bien loin de l’image idyllique du château doré, vivent une jeune fille et Barbe-Bleue. Ils sont servis et accompagnés par une religieuse aux mœurs très peu catholiques, Maria. La jeune fille est chaste et vierge, et doit se soumettre à deux interdits : ne pas ouvrir sa ceinture de chasteté et ne pas ouvrir la petite salle du château qui possède un secret. Barbe-Bleue est quant à lui hanté par la recherche de la scène primitive, celle qui l’a fait monstre parmi les hommes, orné qui plus est d’une barbe bleue. Il a construit dans cette petite salle une machine à remonter le temps pour assister à cette scène primitive. Maria, la servante, se tord d’amour pour Barbe-Bleue et de jalousie pour la jeune fille. Elle cherche à connaître ses origines par le biais de cette machine, elle Maria l’ignorée qui se dévoilera. Tous trois vont découvrir au fur et à mesure le secret qui les lie...
Sans tabous
L’inconscient du spectateur est sollicité, peut-être attaqué, choqué. Barbe-Bleue (la scène primitive) est d’un style provoquant, et pourtant magique. L’univers n’est pas ouaté, c’est même parfois d’un mauvais goût, d’un baroque sado-masochiste, avec quelque chose de l’expressionnisme débridé. Et puis on entend la voix mi-ange mi-démon de la jeune fille, qui chuchote et scande un ressenti, brave l’interdit, se dévoile, se dénude, se découvre. Le cri d’une femme n’a plus de valeurs de nos jours ? Et puis, on sample des pantomimes. Les jeux de lumière obligent à un autre regard sur la femme que l’on ne voit pas, que l’on trouve si belle, que l’on rabaisse plus bas que terre, que l’on n’entend pas. C’est un regard sur l’homme lui-même, ses secrets, ses quêtes, ses peines, ses colères. Banni, un homme peut-il vraiment vivre ? Ne voit-il pas qu’il a lui-même le secret de la scène primitive d’accouplement ? Bref ! C’est une pièce de théâtre moderne, alliant l’audiovisuel au travail des comédiens. Nicolas Fretel l’auteur de la pièce, et Frédéric Maragnani le metteur en scène, font partie des jeunes promesses françaises, porteurs d’un théâtre remis à neuf qui balaie les conventions.
Bbj
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