Une définition de la créolité en mouvement

Bien réfléchir au sens des mots

4 décembre 2006

Tous les peuples de cultures créoles sont nés de situations de contacts, d’hommes, de langues et de cultures. Les différents peuples exilés, mis sur une même terre, ont été contraints de vivre ensemble, de s’adapter à un espace que ni colons, ni expatriés ne connaissaient. Une communauté de vie créée par différents apports s’est donc établie et une identité s’est forgée à partir de ce peuple pluri ethnique. Puis la société créole de chaque île a évolué.

Bann Zil Kréol

À la fin des années 70, début des années 80, des intellectuels créoles de l’Océan Indien, des Antilles... se sont rassemblés pour réfléchir que le concept de créolité. En 1979, le Comité international des Études créoles se met en place. Deux ans après, le 28 octobre 1981, le Collectif Bann Zil Kreol voit le jour. L’affirmation d’une identité créole, commune mais aussi différenciée selon sa force d’expression dans chaque île, est en marche. Pour référence, c’est quite à cette impulsion que naît en 1983 l’écriture dite identitaire KWZ portée par Danyèl Waro et que la même année, le premier kabar du 20 décembre est initié. Cet échange entre les anciennes colonies ne s’est jamais interrompu permettant ainsi au final la mise en place d’un CAPES créole aux Antilles et à La Réunion. La réflexion se poursuit encore aujourd’hui : on est né du même processus mais sur quoi s’entend-on pour parler de civilisation et de dialogue des cultures ? Ainsi Lambert-Félix Prudent, linguiste antillais qui travaille depuis plusieurs année à l’Université de La Réunion, « grand-père de créolité », a invité, lors de sa conférence sur le thème “Ki kréolité”, « à réfléchir au sens des mots. Créole et créolité sont extrêmement polysémiques ». S’il considère comme une bonne chose que l’île Maurice reconnaisse la créolité comme fait culturel, il appelle à la plus grande vigilance, car le sens des mots est important, il ne faudrait pas selon lui, induire de méprise communautaire. Il invite donc à se réunir encore pour parler, expliquer, préciser les mots et les intentions. Il a été rejoint dans ce sens par Arnaud Carpooran, professeur à l’Université de Maurice, qui travaille sur la mise en place d’une graphie du créole mauricien, auteur du premier dictionnaire créole monologue en partenariat avec les étudiants de La Réunion. « Si l’on veut que la créolité prenne sens, il faut réhabiliter le mot créole qui reste encore tabou. Il faut s’exprimer davantage, poursuivre le débat. »

S. L.


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Témoignages - 82e année


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