Au Port, un siècle de vie bien honoré

Bon anniversaire, Marie-Emilia !

24 décembre 2007

Jean-Yves Langenier n’a pas caché l’admiration qu’il ressentait à l’évocation de la longue vie de Marie-Emilia, femme-courage de La Réunion.

Ce jeudi 20 décembre, la commune du Port a fêté sa centenaire, Marie Emilia Pausé, entourée de sa famille d’adoption, d’amis et de proches de son quartier. Un hommage teinté de respect, d’admiration et d’affection, lui fut apporté par le maire du Port, accompagné d’élus de son conseil municipal.
Si Marie-Emilia vit aujourd’hui dans un environnement paisible et amical grâce à Marie-Thérèse et Maxime Rivière, le couple qui l’a pris sous son aile, sa vie a été loin d’être une vie facile, comme l’a rappelé avec une certaine émotion Jean-Yves Langenier.
Fille d’Aimé et de Marie-Thérèse Pausé, Marie-Emilia voit le jour le 20 décembre 1907, à l’îlet Cimandef dans le cirque de Mafate. Conjonction extraordinaire, de la date et du lieu !... qui fut soulignée hier par tous ses amis, en particulier par un groupe de jeunes voisins venus lui offrir un petit maloya de la liberté.
Elle est l’aînée des dix enfants qu’Aimé et Marie-Thérèse ont eus ensemble. Mais la fratrie était bien plus nombreuse puisque Aimé avait déjà sept enfants d’une précédente union ! Marie-Emilia n’a pas connu l’école mais à l’école de la vie, elle a appris des valeurs simples et essentielles que sont le goût du travail et de l’effort, le sens de la responsabilité et du devoir.

A l’école de la vie

Toute petite, elle s’intéresse au travail de son père qui était planteur de géranium. Elle pleurait pour qu’il l’emmène avec lui aux champs. Sur son insistance, il l’initiera aux méthodes de la coupe et de la distillation du géranium. Après avoir travaillé dans les champs de son père, elle continuera plus tard sur sa propre exploitation. Marie-Emilia se levait chaque jour à quatre heures du matin. Elle faisait tout elle-même, de la coupe à la « cuite », jusqu’à la distillation, ce qui nécessitait de longues journées de travail. Marie-Emilia était aussi capable de couper la canne, elle savait faire du charbon. Comme beaucoup de jeunes filles de sa génération, elle a appris la broderie et la couture. Elle confectionnait également des savates et des pantoufles...
Marie-Emilia rencontrera des difficultés qui l’amèneront, malgré son courage et son endurance, à abandonner son exploitation de géranium. Elle deviendra alors femme de ménage. Elle sera employée chez plusieurs particuliers, notamment chez un commissaire de police à Saint-Denis. En plus des tâches ménagères, elle s’occupait des enfants. Elle recevait pour salaire 1 franc CFA par mois en étant logée et nourrie.
Quand on lui fait remarquer que cela faisait bien peu, elle répond qu’en ce temps-là, la vie était bon marché et que l’on n’avait pas besoin de grand chose pour être heureux ! Elle travaillera ainsi jusqu’à l’âge de 65 ans.
Demandée en mariage à l’âge de 14 ans, elle refuse catégoriquement. Pour elle, sa place devait être auprès de ses parents car elle avait décidé de veiller sur eux jusqu’à leurs derniers jours. Marie-Emilia était très attachée à sa mère dont elle parle avec admiration et émotion. Elle continuera à s’occuper d’elle après la mort de son père. De ses frères et sœurs, il n’en resterait qu’un vivant, dans le Sud, mais il ne peut plus se déplacer.
Marie-Emilia est restée célibataire et elle n’a pas eu d’enfant. La seule expérience sentimentale qu’elle connaîtra, a été un échec douloureux à cause de la violence d’un compagnon qu’elle quittera très vite.
Il y a une trentaine d’années, Marie-Emilia habitait seule dans une petite case à la Chaloupe Saint-Leu. Elle fait alors la connaissance des époux Rivière, ses voisins. C’est le début d’une longue amitié qui durera jusqu’aujourd’hui. Pris d’affection pour elle, Marie-Thérèse et Maxime Rivière décideront de l’accueillir chez eux au Port, quelques années plus tard. Chez les Rivière, Marie-Emilia a enfin retrouvé la chaleur d’un foyer et elle a désormais une seconde famille.
Marie-Emilia a semblé heureuse de ces moments d’affection qui lui ont été offerts. Dotée d’une lucidité remarquable, elle a eu un petit mot de gentillesse et d’encouragement pour chaque personne venue lui faire la bise.

Correspondante


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Témoignages - 82e année


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