Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Retour sur l’hommage aux ancêtres morts sans sépulture, le 2 novembre à Saint-Louis -2-
8 novembre 2025, par

Dans la seconde partie de son intervention lors de la cérémonie d’hommage aux ancêtres morts sans sépulture tenue le 2 novembre au cimetière du Gol à Saint-Louis, Pascal Basse de la section PCR du Port a souligné les multiples résistance contre le régime raciste de l’esclavage imposé aux Réunionnais par le colonialisme français. La création du cimetière du Gol par le père Lafosse fut un de ces actes de résistance, car il honore des âmes perdues, celles de ceux qui n’eurent pas de tombeau à leur décès.
Résister, alors oui résister. Comment ? Par le ralentissement volontaire de la production, les sabotages, les incendies volontaires. L’automutilation pour ne plus subir les travaux forcés. Avorter, ne pas reproduire et transmettre l’horreur de sa condition servile. « Partir marron », à proximité des Habitations, un « petit marronage » souvent condamné à l’échec, ou partir loin, dans les Hauts (les cirques, le Tapcal), dans les bas du sud sauvage, et tenter d’échapper aux razzias des chasseurs d’esclaves. Résister c’est aussi chanter, lancer sa complainte, au travail ou le soir dans l’entre soi des cabanes. Les prémices du Maloya sont là.
Et ceux de Saint-Louis ? Ils vivent sur la rive droite de la rivière Saint-Étienne, en retrait du littoral et de l’Etang du Gol, le paludisme y faisait des ravages à l’époque. Installés sur les terres les plus fertiles, au pied des mi-pentes. Imaginez à proximité de l’actuelle usine du Gol une cinquantaine d’Habitations, des plantations pour l’essentiel peuplées d’esclaves cultivant principalement du café, des cultures vivrières, du blé et du riz, un peu d’élevage.
notre patrimoine à nous tous
C’est ce Saint-Louis que découvre le père Lafosse en 1775, nommé vicaire du quartier. Il y gagne la confiance des petits planteurs, devient maire puis député à l’Assemblée coloniale au moment où éclate la Révolution française qu’il soutient. Révolté par la condition des esclaves, apôtre de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, il lutte pour l’abolition, laquelle sera votée en 1794 par l’Assemblée Nationale, la Convention, mais jamais appliquée ici, en butte à la toute puissance du lobby colonial esclavagiste. Avec le retour des républicains conservateurs au pouvoir, sous le Directoire à la fin du siècle, le père Lafosse devient un empêcheur de tourner en rond. Il est démis de ses fonctions électives et exilé. Il en revient affaibli, usé, désabusé mais se réinstalle auprès de ceux qu’il avait tenté d’émanciper, au Gol. Il y meurt, après avoir initié ce cimetière, celui des âmes perdues.
Mes amis vous l’avez bien compris, ce cimetière donne tout son sens au long combat mené pour la liberté, l’égalité et la dignité. Combat mené au premier chef par les esclaves eux-mêmes, par leurs défenseurs aussi, et par extension par tous les Kréols, les Réunionnais et tous ceux qui se reconnaissent dans ce combat. Ces femmes et ces hommes enterrés symboliquement ici sont notre patrimoine à nous tous. Nous devons le protéger, le faire connaître et le transmettre. C’est notre mission, notre devoir de mémoire. Allé di partout !
Pascal Basse
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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