Talipot au Théâtre du Grand Marché

Ce souffle qui nous habite...

7 novembre 2005

Voici “Kor, la maison du vent”, dernière création de Talipot jouée tout le mois d’octobre à Pierrefonds et qui est à Saint-Denis jusqu’au 9 novembre. Théâtre, danse, vidéo, création sonore et nouvelles technologies pour appeler le vent et célébrer le vivant.

L’air invisible rendu visible dans un parfum d’encens. L’air insaisissable rendu palpable le temps d’un tournoiement. La voix quitte les mots pour n’être plus que souffle vivant. Et le souffle déploie la matière des corps pour une danse, démultipliée par la vidéo en une infinité de mondes parallèles. Et l’univers sonore qui emplit l’espace de la salle et de nos poitrines...
Là, l’air est tout aussi bien celui qui traverse l’homme que celui qui parcourt la planète, il est la vie. Mais il est mort aussi, exil, tension, guerre... asphyxie du corps et de l’esprit. Inspire, expire... Le souffle c’est aussi, et avant tout, le théâtre, c’est ce qu’il a dans le ventre.

Force et grâce

Que des hommes sur scène et hors scène, mais quelle grâce, quelle essence féminine tout au long des danses et des tableaux. Quelle force aussi, dans les corps et dans les chorégraphies de Raveendran Peringaden Sankuru, de Prema Santhanagopal, artistes exceptionnels venus d’Inde, du Sri Lanka et qui nous confient, dans leur langue, le témoignage de leur vie. Une parole que Thierry Moucazambo nous traduit et qui aurait pu aussi être simplement sous-titrée, pour ne pas troubler le mystère de leur confidence.
D’un côté se trouve au fond de la scène, le créateur sonore Jako Maron qui glissant du rap à l’accompagnement des fonnkézèr, parachève son travail de recherche dans le rond du théâtre en continuant d’explorer les sonorités du monde et de l’océan Indien. De l’autre côté, face à la scène, Eric Angels et ses caméras capturent mouvement du corps et émotion du visage, pour les mettre comme entre deux miroirs, les fondre, mélanger les images, soutenir le rythme et développer l’amplitude de la pièce. Les nouvelles technologies se nichent aussi côté cour et côté jardin, permettant de multiplier les scènes en simultanée. L’acteur même tient la caméra pour des gros plans, projeté sur un panneau plus resserré et commenté par la danse.

Une pièce dans le vent

Il y avait samedi soir beaucoup de jeunes dans la salle, si certains avant le début du jeu, craignait cette immersion dans le théâtre, il est évident que les univers sonores et vidéos ont grandement participé à mobiliser leur intérêt, à rendre “Kor, Maison du vent”, plus dans le vent. De même pour la danse proche en même temps du Hip Hop, du Baratha Natyam, du Kalari Payat et des arts martiaux. Cette épopée est portée par l’écriture toujours universelle de Philippe Pelen Baldini dont Thierry Moucazambo connaît toutes les nuances, tous les silences et toutes les envolées.

À voir lundi, mardi et mercredi au Théâtre du Grand Marché, à 20 heures.

Eiffel


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